LES SERFS
sitions et les visites domiciliaires n'allaient pas sans désordres. Puis beaucoup des riches villas des environs étaient pillées et rasées; les maisons de la Mala-Strana, atteintes par le feu des Autrichiens ; quelques-uns des plus beaux palais de la cité, menacés de ruine. Naturellement, on s'en prenait à ces intrus de malheur, dont l'arrivée imprévue avait déchaîné sur le royaume une avalanche de calamités. Les misères qui suivent nécessairement une invasion n'auraient paru tolérables que si les nouveaux maîtres avaient donné quelque satisfaction à l'opinion publique, tenté quelques réformes, essayé d'améliorer le sort de la population. Les serfs avaient espéré trouver en eux des protecteurs contre les propriétaires. Le bruit s'était répandu que les nobles qui avaient refusé de reconnaître le nouveau souverain, étaient déchus de leurs droits : le moment était favorable, ceux qui n'en profiteraient pas pour conquérir leur liberté, demeureraient éternellement esclaves. Dans nombre de villages, les paysans refusaient les corvées, ricanaient quand les intendants les suppliaient de faire au moins les travaux urgents. Ce que le roi commande, je le ferai, répondait l'un d'eux; rien de plus. Ils envoyèrent des députés à Charles-Albert qui, pour ne mécontenter personne, s'enferma dans des déclarations vagues. A peine fut-il parti que la commission gouvernementale ordonna aux capitaines de rétablir l'ordre à tout prix : les plus bruyants furent mis aux fers. Ces rigueurs accrurent l'agitation : — c'était une manœuvre des nobles qui voulaient éloigner le peuple de son nouveau roi; un général français allait proclamer l'abolition du servage. — Quand on vit que les jours s'écoulaient sans apporter l'émancipation si ardemment attendue, çà et là une sorte de fureur s'empara des âmes. Des insurgés dévastaient les forêts, massacraient le gibier, menaçaient et frappaient les employés. — Frères, criaient les émeutiers, au nom de Dieu! en avant. Tuez, tuez! Jésus-Maric-Joseph, assistez notre pauvre âme. Tuez, tuez! Il faut bien mourir une fois. Sang pouj' sang. — On dut envo\er quelques