LE SACRE DE MARIE-THÉRÈSE
part sans fusil et en haillons, presque tous invalides ou malades. Eger capitula au mois de septembre et la dernière trace de l'occupation franco-bavaroise disparut.
L'armée de Lobkovits fut accueillie à Prague avec un enthousiasme bruj'ant, mais cette joie tardive ne toucha guère Marie-Thérèse. Les lamentables souvenirs de ses premières années de règne ne s'effacèrent jamais de sa mémoire. Elle s'était sentie entourée de louches intrigues et c'est en vain qu'elle avait fait appel aux dévouements sur lesquels elle comptait : « Les hautains magnats de l'Autriche et de la Hongrie niontrent une certaine indifférence, écrivait l'ambassadeur anglais avant même la mort de Charles VI ; quel sera leur maître, peu leur importe. Ils ressemblent à ces Romains dégradés que ne touchaient pas les malheurs de la patrie, pourvu qu'ils conservassent leurs maisons de campagne et leurs piscines. » L'histoire aujourd'hui fait le départ des responsabilités et elle sait que les Habsbourgs étaient les principaux coupables de cet abaissement des caractères et de cette déroute de l'esprit public. La jeune reine s'arrêtait aux résultats et on ne saurait s'étonner de l'amertume de ses rancœurs. Elle n'était pas cruelle, sa restauration ne fut pas marquée par des exécutions sanglantes : les plus compromis s'en tirèrent avec quelques années d'internement, et plusieurs même rentrèrent plus tard en faveur. En général pourtant, elle n'oublia pas : « il ne faut à l'avenir, écrivait-elle à propos d'un des serviteurs de Charles-Albert, proposer pour de telles gens ni grâces ni fonctions. C'est autre chose de les acquitter par clémence, ou de leur donner une grâce ou un poste. »
Surtout elle garda au cœur une sourde rancune contre cette incorrigible Bohême, toujours prête à se révolter contre les Habsbourgs. On s'en aperçut quand elle vint se faire couronner à Prague. Elle l'avait jugé nécessaire pour établir clairement ses droits; c'était une corvée dont elle s'acquittait avec une mauvaise humeur manifeste. Elle avait fixé au 1 2 mai ( 1 743) la date de la cérémonie. « — C'est beaucoup trop tôt, remarqua le Chancelier Philippe Kinsky,