LES RETOURS DE FRÉDÉRIC II
Lui faire en secret quelque bien Et croire même au purgatoire.
Il dit. et chaque citoyen.
A sa santé s'en alla boire.
Ils criaient tous à haute voix :
Vivons et buvons sous ses lois.
Dans le concert de ces cris à haute voix, une oreille attentive eût aisément perçu quelques notes discordantes, et ceux même qui avaient accueilli avec le plus de satisfaction le changement de régime, jugeaient lourdes les exigences du fisc et tracassière l'administration. Il fut cependant de suite certain que les légers froissements qui résultaient du manque d'habitude, ne tiraient pas à conséquence, et le succès de cette première opération fut si complet que, malgré Texpérience des campagnes de Moravie et de Bohême, le roi ne résista pas au désir de la recommencer. « Nous avons affaire, écrivait-il en 1741, aux gens les plus têtus de l'Europe et de l'autre aux plus ambitieux. Conserver le rôle d'honnête homme avec des fourbes est chose bien périlleuse. — S'il y a à gagner à être honnête homme, nous le serons; s'il faut duper, soyons donc fourbe. » — En 1744, sa conscience, qui était pointilleuse, lui remontra qu'il avait des devoirs envers l'Allemagne et qu'un « Électeur qui avait* quelque sentiment patriotique, ne saurait tolérer qu'un chef de l'Empire fiât privé de ses états héréditaires «. Malgré son ardent désir de paix, il était donc contraint de venir au secours de Charles VII, et celui-ci lui promit en reconnaissance la partie de la Bohême située sur la rive droite de l'Elbe, un quart du royaume. C'était dans ses lignes générales le plan que reprennent aujourd'hui les Pangermanistes, en l'appropriant aux idées contemporaines, quand ils réclament la formation d'un territoire fermé, forteresse intangible où, à l'abri des menaces, ils prépareraient paisiblement l'annexion du reste du pays.
Comme d'habitude, la cour de Vienne, qu'on eût supposée plus avertie, n'avait rien préparé. Les quelques régi-