LES PRUSSIENS A PRAGUE
ments de milices que rassemblèrent les nobles, ne rendirent aucun service. On comptait davantage sur l'intervention divine. On promenait solennellement le petit Jésus, qu'avait donné aux Carmes la princesse Polyxène de Lobkovits; derrière la statue miraculeuse, s'avançaient dévotieusement le maréchal d'Ogilvy, les plus hautes autorités, les représentants de la noblesse, les grenadiers municipaux, des milliers de fidèles. Pendant ce temps, les mécréants occupaient les hauteurs et commençaient le bombardement; en quatre jours (septembre 1744), cent maisons furent démolies par les boulets, cent autres détruites par l'incendie : « Les gens rôdaient çà et là, comme des brebis errantes, les yeux et le cœur tristes, sans qu'aucun fût en état de consoler les autres. »
Les Prussiens, maîtres de Prague (17 septembre), se montrèrent très durs : ils sentaient autour d'eux une hostilité qui ne se dissimulait pas toujours. En Autriche, le despotisme n'exclut pas une certaine douceur de mœurs, et les rigueurs de l'administration y sont d'habitude rendues supportables par le laisser-aller des fonctionnaires ; les Slaves, en général, précisément parce qu'ils sont très malléables et très souples, sont moins capables de volonté inflexible que de brusques violences; la sécheresse brutale et la raideur ponctu'elle des officiers prussiens leur étaient odieuses. « Messieurs les Français, écrit un contemporain, s'étaient montrés beaucoup plus raisonnables ; dans les choses impossibles, ils entendaient raison", maintenant, il n'y a qu'un mot qui vaille : il le faut, et tout est fini par là '. »
Dans les ordres de la place, les menaces de mort revenaient comme un lugubre refrain. Les réquisitions pleuvaient : pain, fourrage, avoine, charrettes, chevaux, bœufs, ouvriers de toutes catégories, boulangers, meuniers, conducteurs de chariots, terrassiers, etc.; aucun délai n'était
I. Les incidents de cette période nous sont connus par un Diarium pra. gense, dont s'est servi Klutschak. Son récit a été complété par Webcr, dans les Mittheil. iSçS.