‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 248 sur 325 · LA GUERRE DE SEPT-ANS · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE SEPT-ANS

culs. Que de fois leurs combinaisons artificielles et leurs intrigues de salon ont été balayées par la brusque explosion des forces naturelles profondes dont ils nient l'existence! Ils jugent les choses du dehors, sans se demander si le meilleur moyen d'accroître au loin le crédit de l'État ne serait pas de s'inspirer des traditions nationales et de favoriser le libre développement des peuples. A l'époque de Marie-Thérèse, comme au xix' siècle, les libertés de la Bohême furent sacrifiées à une conception fausse de la puissance du souverain qui, en dernière analyse, ne saurait être que l'irradiation de la prospérité intérieure des pays qu'il gouverne.

Kaunits, et c'est ce qui lui assure en somme une place parmi les hommes d'état supérieurs, avait non seulement beaucoup de souplesse, de finesse et de tact, mais, ce qui est beaucoup plus rare, il était capable d'initiative et d'audace ; il parvint, non sans peine, à triompher des préventions de Marie-Thérèse contre la France et prépara une coalition dont le but immédiat était la reprise de la Silésie, et la fin réelle, l'écrasement de la Prusse. Frédéric II était sur ses gardes : dès qu'il eut la conviction qu'il allait être forcé de défendre ses conquêtes, il résolut de prévenir ses adversaires en envahissant la Bohême (1756).

La guerre de Sept-Ans est, comme la guerre de la Succession d'Autriche, une guerre essentiellement bohème, non seulement parce qu'une partie importante des événements militaires se déroula dans le Royaume, mais surtout parce que ses destinées dépendaient de l'issue du conflit. « Toute guerre est absurde, écrivait Frédéric II au mois de novembre 1755, qui ne conduit pas à la conquête de pays étrangers. » Comme il avait la prétention parfaitement justifiée de ne pas être absurde, il essaya de s'établir en Bohême; en 1767, par une série de manœuvres qui semblent comme une vague esquisse de la campagne de 1866, les Prussiens pénètrent dans la vallée de l'Elbe supérieur par la Saxe et le comté de Glatz, refoulent devant eux les divers corps autrichiens, battent Charles

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