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LES PRUSSIENS EN BOHÊME

de Lorraine devant Prague (6 mai) et somment la ville de capituler. Quelque dures que fussent les épreuves infligées au pays, elles n'étaient pas sans avantage, rendaient un peu de ton aux esprits. A côté de l'ofiicielle Gazette de la Poste de Prague, très insignifiante et timide, qui représentait alors le journalisme, apparaît une littérature de circonstance assez abondante, rapports de généraux, récits de bataille, narrations de sièges, complaintes surtout et chansons populaires. Elles raillent la gueuserie des Prussiens : « Le mauvais palefrenier d'un duc, d'un marquis (français), — et il y en avait des masses pendant la dernière guerre, — avait plus de ducats qu'un Prussien n'a de pfennigs ». — « Laisse-moi rire de tout mon cœur, répond une cuisinière de Prague à un soldat prussien qui lui propose de l'épouser. Astiquer son fusil, friser sa queue, blanchir ses courroies avec de la craie et défiler en se tenant raide, cela n'apporte ni argent ni pain à la maison. — Mais il peut y avoir du butin. — Merci bien, je n'en veux pas; chez nous, cela s'appelle voler '. » Un recueil publié en iSSy, à l'occasion de l'anniversaire de la bataille de Kolin, renferme nombre de ces rhapsodies qui se transmirent longtemps de bouche en bouche : beaucoup étaient l'œuvre de paysans, d'autodidactes qui, au milieu du silence de la littérature, conservaient la tradition de la langue nationale. Pauvres vers, incorrects et plats, dont l'action fut réelle cependant, justement parce qu'ils répondaient bien à l'intelligence moyenne des auditeurs et où plus d'un Tchèque a puisé la haine de la domination étrangère. Marie-Thérèse, dans sa lettre de félicitations à Daun après la grande victoire de Kolin, lui disait que le i8 juin lySy était « le jour de la renaissance de la monarchie ». L'expression était heureuse, bien que l'Impératrice ne pût pas comprendre le sens réel des événements. La lutte contre Frédéric II prenait peu à peu un caractère national

1. Gœrner, Die Prager Flugblattpoesie des siebenjaehr. Krieges, — dans les Mittheil, 1886.

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