‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 253 sur 325 · LA VICTOIRE DU CENTRALISME 49 D · texte numérisé non relu

LA VICTOIRE DU CENTRALISME 49 D

nation de l'Église et du sj'stème féodal. — La complexité des événements de cette période explique les jugements si contradictoires des historiens sur les despotes éclairés.

Il est certainement impossible aujourd'hui de les regarder, ainsi qu'on Ta fait très longtemps et ainsi que le veut encore une certaine école, comme des libéraux, puisque leur effort essentiel a été d'étendre les droits de l'État et l'omnipotence des princes. Du moins le pouvoir qu'ils usurpent, ils s'en servent souvent dans une pensée d'émancipation démocratique, et c'est ainsi qu'ils méritent les sympathies que beaucoup de leurs contemporains les plus généreux et les plus indépendants ne leur ménagent pas. Les libertés qu'ils abolissaient n'étaient plus que l'apanage de castes égoïstes et se traduisaient en pratique par l'oppression de la masse des habitants. Théoriquement, il eût mieux valu les étendre que les confisquer et il n'eût peut-être pas été impossible de trouver dans l'oligarchie une minorité clairvoyante et disposée à abdiquer quelques-unes de ses prérogatives injustifiées; il est certain que les principales difiicultés de l'avenir eussent été évitées si les rois se fussent bornés à améliorer la constitution sans porter atteinte aux libertés du royaume. Mais l'histoire n'est pas une idylle et l'aristocratie bohème, après avoir laissé échapper le pouvoir de ses mains défaillantes, avait mauvaise grâce à s'étonner que les princes relevassent à leur profit l'autorité dont elle n'avait usé que dans les sentiments les plus mesquins.

Il est vrai que la ruine des privilèges de la noblesse faillit entraîner la disparition de la nationalité tchèque, et la terreur rétrospective des écrivains slaves explique la rigueur avec laquelle ils jugent les représentants du despotisme éclairé. Il est injuste cependant de ne pas tenir compte des services que Marie-Thérèse et Joseph II ont rendus au peuple; ils ont inauguré une ère nouvelle, commencé l'émancipation des serfs et tiré la nation de ce sommeil menaçant qui risquait de tourner en paralysie. Peu importe que le résultat obtenu n'ait pas été celui qu'ils

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