LE RECÈS FINANCIER DE I
poursuivaient; peu importe même que le régime qu'ils avaient établi, il ait fallu ensuite un siècle de lutte pour le renverser et que ses débris encombrent encore le sol. Estil sûr que sans eux l'invisible travail qui dissolvait lentement la race n'eût pas continué dans le silence jusqu'au jour où toute réaction eût été impossible? Marie-Thérèse et son fils ont été compromis par des apologistes maladroits qui ont sottement vanté la partie la plus contestable de leur œuvre; mais un moment viendra sans doute où les partis en Autriche, réconciliés dans la justice et la liberté, salueront d'une reconnaissance unanime dans Joseph II le grand iconoclaste, l'évocateur d'un idéal nouveau, le semeur qui hardiment lance au vol la semence que Tàme de la nation peut transformer ensuite et vivifier.
Les réformes, dont les dernières conséquences portèrent si loin, eurent une origine assez modeste. Pour organiser une armée solide, Marie-Thérèse demanda aux Diètes des diverses provinces de lui accorder une contribution permanente, afin d'éviter à l'avenir les discussions et les lenteurs qui avaient permis à Frédéric II de prendre une avance redoutable. La somme qu'elle réclamait, était forte; ce qui était grave surtout, c'est qu'elle voulait que les Diètes renonçassent au vote annuel de l'impôt et abdiquassent ainsi leur prérogative essentielle, la seule qui fût clairement sanctionnée par la constitution de 1627. Elles se défendirent très mal : depuis longtemps, elles n'avaient plus ni confiance ni courage; la plupart des nobles ne paraissaient pas aux sessions; pour déplacer la majorité, quelques voix suffisaient, et la cour ne manquait pas de moyens pour rallier les indécis. La requête de la reine avait eu d'ailleurs des précédents, ainsi en 17 14. — Les États moraves d'abord, puis ceux de Bohème, s'engagèrent à payer pendant dix ans une contribution qui s'éleva pour la Bohême à 5 millions et demi de florins (juin 1748); la reine promettait de n'exiger aucune redevance supplémen-
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taire et prenait à sa charge le recrutement et l'administration de l'armée '. La diète conserva la perception de l'impôt, mais sous la surveillance rigoureuse de la cour, et elle perdit une part importante de ses attributions executives, tandis que le gouvernement, de son côté, était obligé de compléter son outillage pour s'acquitter des fonctions qu'il avait auparavant déléguées aux Etats.
Marie-Thérèse les rendait responsables de ses récents déboires. Bien que les Hongrois lui eussent longuement marchandé leur concours et le lui eussent fait payer assez cher, ils avaient eu l'art de la persuader de leur dévouement, qui le plus souvent s'évaporait en paroles, et, sous l'impression de ces manifestations retentissantes et vaines, elle s'exaspérait des moindres réserves des Tchèques, qui étaient cependant les soutiens les plus fermes de la monarchie. Les rancunes que lui avaient laissées les défections de 1742 étaient encore saignantes en 1773, quand elle écrivait : « Avec les États, il n'y a rien à faire, ils n'ont ni tête ni volonté; il faut procéder par ordonnance, h Bien plus que par les résistances des diètes, assez peu gênantes, elle était agacée par l'opposition discrète et tenace des directions qui étaient officiellement censées représenter le pouvoir central, et en particulier de la Chancellerie Bohême. Nous possédons deux Mémoires (1760 et 1755), dans lesquels la reine engage ses successeurs à respecter « comme la prunelle de leur œil et la pierre fondamentale de la monarchie » les réformes qu'elle a adoptées, et où elle leur expose les raisons qui l'ont déterminée '.
Auparavant, dit-elle, il n'y avait pas en Autriche une politique intérieure d'État, mais une politique des États; les affaires étaient réparties entre, diverses chancelleries qui, chacune, jouissaient d'une indépendance complète; les pré-
1. Bien que la Diète fût ainsi liée, elle continua à voter chaque année la contribution. Cette habitude, dans laquelle les historiens tchèques voient une confirmation du droit des États, ne servit qu'à les discréditer, parce qu'il était impossible que leur vote fût autre chose qu'une formalité.
2. Ces mémoires ont été publiés par Arneth, Archiv fur œsterr. Gesch., t. 47; la date en a été établie par Fournier, t. 69.