Tome T
53o LE GOUVERNEMENT DE CABINET
ne doivent créer aucune différence et tous doivent agir de concert comme des frères dans une seule monarchie, dans l'intérêt commun. » — D'un trait, il rayait le passé, les souvenirs séculaires : il n'y avait plus de Bohême, de Hongrie ou d'Italie; sur leurs ruines s'élevait un Empire nouveau, l'Empire de la philosophie et de son prophète.
« La Monarchie que je gouverne, écrivait-il, doit être gouvernée d'après mes principes. » Il était plus que l'origine du pouvoir, la source de la pensée, et il regardait comme une négligence coupable la délégation même temporaire de son autorité. Il entendait tout voir de ses yeux, tout faire de ses mains. Son idéal était le gouvernement de cabinet, tel qu'il fonctionnait en Prusse ; il concentra l'autorité effective dans son entourage immédiat, les cinq secrétaires et les quelques expéditionnaires chargés de transmettre partout ses résolutions. Il avait des conseillers, soit que leurs connaissances techniques lui fussent indispensables, soit qu'ils flattassent en lui les idées qui lui étaient chères, Kaunits, Lascy, les barons d'E3^er et d'Izdenczy, Martini, Sonnenfels, Born, Eybel, etc. Tous étaient pénétrés jusqu'aux moelles des doctrines du despotisme éclairé : il leur arrivait parfois cependant de juger le maître un peu imprudent et pressé ; ils avaient été habitués par Marie-Thérèse à beaucoup d'égards et ils s'enhardirent à présenter à l'Empereur de timides remontrances. Cette impiété leur attira de dures boutades. Épargnez-moi vos déclamations, disait-il au Grand-Chancelier Léopold de Kolovrat. — Je ne suis pas homme à prendre des vessies pour des lanternes ; et puis, ceux qui ne sont pas contents, sont libres de s'en aller, depuis le premier ministre jusqu'au dernier des employés du comitat '.
L'insignifiance à laquelle l'ingérence constante du souverain réduisait les Directions auliqucs, nous explique le peu d'importance des réformes introduites par Joseph II