LE GOUVERNEMENT DE CABINET
dans l'administration centrale. Ce n'est pas la seule lois que la personnalité exubérante du monarque ait empêché la formation d'un organisme de gouvernement. Ici comme partout, Joseph II souffre d'une pléthore de la volonté: il ne voit pas que l'action qui ne se limite pas, s'use sans effets; que le souverain, quelque laborieux qu'il soit, a besoin d'être appuyé par le concours de forces permanentes et nettement définies, qui créent des traditions et usent lentement les résistances par une pression suivie et régulière.
Au début de son règne, il entrevit cependant la nécessité d'une refonte générale du système en vigueur, proposa au Conseil d'État une révision complète des anciennes divisions politiques : les provinces seraient groupées suivant leurs affinités ethnographiques ou géographiques, les anciennes diètes réunies en un petit nombre d'assemblées ; les pays qui formaient le noyau de la monarchie, relèveraient de trois Chancelleries, autrichienne, hongroise et bohème ; la compétence de la Chancellerie de Bohême s'étendrait à la Galicie, en même temps qu'aux pays de la couronne de Saint- Venceslas, et elle aurait sous ses ordres trois gouvernements provinciaux. L'Empereur espérait réveiller ainsi l'esprit public, « qui était complètement éteint » ; il pensait surtout que. ces remaniements radicaux faciliteraient l'œuvre d'assimilation et emporteraient les dernières résistances de l'oligarchie, qui se trouverait comme perdue dans un État nouveau. — Le Conseil d'État fut épouvanté; il représenta au roi l'opposition que rencontreraient de semblables bouleversements ; surtout il avait aussitôt pressenti que, dans un État où les peuples étaient encore si peu homogènes et les tendances particularistes si vivaces, les Chancelleries nouvelles deviendraient très vite des agents de résistance et de séparatisme. L'exemple de ce qui se passa dans la partie orientale de la monarchie, où la fusion de la Chancellerie transylvaine avec la Chancellerie hongroise a créé de si graves difficultés aux Habsbourgs, permet d'affirmer que le plan de Joseph II