MESURES CONTRE LA NOBLESSE
eût préparé, s'il avait été exécuté, la formation d'un royaume slave tchéco-polonais dont l'attraction eût vite été irrésistible sur les Slovaques de la Hongrie septentrionale et qui, peuplé d'environ 12 millions d'habitants, aurait arrêté pour toujours la poussée germanique vers l'Est. C'est le danger que redoutent encore aujourd'hui les Allemands, et ils essaient de le conjurer en faisant aux Galiciens une situation privilégiée et en les poussant hors de la Cisleithanie.
Joseph II ne comprit jamais sans doute les causes de l'opposition du Conseil d'État, parce qu'il était absolument incapable de voir dans les anciennes unités historiques autre chose que des entités sans consistance et sans valeur. Il croyait que, pour abolir la personnalité morale des peuples, il suffisait d'achever la transformation déjà fort avancée des aristocraties provinciales en une noblesse de cour. Marie-Thérèse, à partir de ijbi, avait évité dans les actes d'anoblissement toute désignation particulière, s'était contentée de parler en termes généraux « du Saint-Empire et de nos Etats héréditaires » : Joseph II continue l'œuvre de fusion en n'exigeant plus des nouveaux anoblis qu'ils prêtent serment à la constitution et au roi '; il supprime les réserves qui ne permettaient l'acquisition des domaines seigneuriaux qu'aux nobles qui avaient leur domicile politique dans le pays; il hâte ainsi la formation d'une caste autrichienne, qui n'a plus de racines nationales et dont l'opposition serait sans dangers, si la pensée pouvait lui venir de se séparer de la cour, dont dépend sa fortune.
Dans cette aristocratie, désormais vaincue, Joseph II ne cesse pas de détester les anciens adversaires de la ro3^auté. Son aversion contre les nobles éclate avec une ostentation puérile : il a un plaisir évident à les surprendre en faute, il frappe avec une impitoyable rigueur des actes commis dans un accès de folie, parce que l'inculpé est noble; il