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SUPPRESSION DES DIÈTES

— Il ne partageait pas ces préjugés. — Il avait à Prague des sympathies actives qu'il connaissait et qui ne lui étaient pas indifférentes. Seulement il soupçonnait les nobles de vouloir se mettre entre le peuple et lui et il poussait la jalousie de son droit jusqu'à une susceptibilité pointilleuse. Les États, timidement, parlèrent de lui envoyer une députation pour lui offrir leurs hommages ; il leur répondit « qu'il les en tenait quittes ». N'eût-il pas avoué, en les recevant, qu'ils eussent pu lui refuser leur soumission?

Quand il les consulte, il a soin de les prévenir que, sur le fond des choses, son parti est pris; il ne leur demande leur avis que sur les moyens d'exécution. Il leur interdit de disposer de leurs fonds particuliers sans autorisation préalable, il soumet leurs comptes au contrôle de la Chambre aulique de Vienne; il supprime les sessions qui n'étaient pas consacrées au vote des propositions royales, c'est-à-dire qu'il réduit les Diètes à une pure formalité ; puis quand, en 1788, le nouveau régime financier rend inutile le vote de l'impôt, il leur annonce qu'il les convoquera quand il le jugera nécessaire. — Cette condamnation n'inspira pas de très vifs regrets; ils avaient manqué trop souvent de générosité et de largeur de vues; il y avait cependant dans leur sein un certain nombre d'hommes qui avaient été gagnés par l'esprit du siècle ', et cette poignée de justes auraient mérité de trouver grâce devant l'Empereur.

Quelque prévue qu'elle fût, ce serait une erreur que de considérer comme insignifiante la fermeture des Etats; ils continuaient à exercer une influence très réelle sur les affaires, ils maintenaient l'union des grandes familles, ils conservaient à l'administration un caractère national ; ils

I. Boh. Rieger a essayé de prouver que les reproches qu'on a adressés aux États ne sont pas complètement justifiés et qu'en particulier, dans la question de l'affranchissement des serfs, ils ne furent pas aussi égoïstes qu'on le prétend (Les États de Bohème et le servage sous Marie-Thérèse). Sa démonstration ne m'a pas convaincu : ils répondent aux propositions de la reine par des récriminations, rappellent que la misère est générale et que les impôts sont lourds, ce qui était vrai, mais il fallait bien entretenir l'armée, et les Bohèmes étaient plus intéressés que personne à ce que l'Autriche fût en état d'arrêter les invasions prussiçnncs.

représentaient la tradition et sauvegardaient l'avenir; avec eux s'évanouissaient à la fois un souvenir et une espérance.

Dès 1782, les pouvoirs exécutifs exercés jusque là par le Comité de la Diète, le Vybor, avaient été délégués aux agents royaux et quand, en 1787, le Grand-Burgrave Nostits, qui avait lutté pied à pied contre les desseins absolutistes de la cour, fut remplacé parle comte Cavriani qui était un traducteur docile de la pensée du roi, le Vj'bor ne fut même plus réuni comme conseil consultatif. Comme d'autre parties Grands-Officiers, déjà dépouillés par Marie- Thérèse de leur influence politique, n'eurent plus, à la suite de la réorganisation des tribunaux, aucune compétence judiciaire, la constitution encore semi-féodale de 1627 ne fut plus guère rappelée que par la présence du Grand- Burgrave à la tète du Gouvernement de Bohême. L'obligation de choisir comme président de ce conseil un seigneur indigène et propriétaire d'un domaine dans le pa3''s, imposait au roi une gêne si insignifiante qu'il est naturel que Joseph II n'ait pas songé à s'en affranchir.

Il y a sans doute une exagération manifeste à dire, comme Bachmann, qu'à ce moment « la Bohême fut, ainsi d'ailleurs que les autres provincesallemandes, réduite àl'état de département autrichien, avec la même série d'administrations ». Au point de vue juridique, elle demeurait un royaume parfaitement distinct et autonome, et Joseph II le déclarait solennellement lui-même en 1782, En fait, il ne négligeait rien pour effacer jusqu'aux derniers souvenirs de cette indépendance. Vienne commençait à prendre le titre de capitale, et le gouvernement songeait à transformer en caserne le célèbre château des Hratchan3^ Avec le vandalisme qui est un des traits les plus fâcheux de l'ère du rationalisme, il dispersait les collections célèbres qui avaient à ses yeux le tort de rappeler l'époque où Prague était le centre de la monarchie; les monnaies et les médailles étaient vendues au poids; on adjugeait à vil prix une Léda renommée, — femme nue mordue par une oie méchante, — disait le catalogue; on jetait dans les jardins,

OÙ il resta des années exposé à toutes les intempéries, un torse antique que Louis de Bavière acheta 6,000 ducats en 181 6 et qui fait aujourd'hui Tornement de la Glyptothèque. Joseph II abusait de la victoire avec une sorte de brutalité rancunière et il semblait prendre à tâche d'exaspérer les vaincus en outrageant leurs sentiments les plus respectables.

Bien que, depuis Marie-Thérèse, le « Gubernium » ne fût plus guère qu'une délégation de fonctionnaires royaux, il rappelait par sa composition et par sa procédure l'ancienne Lieutenance dont les membres, nommés et révoqués par le roi, mais choisis dans des catégories déterminées, servaient en quelque sorte d'intermédiaires entre le souverain et l'aristocratie. Joseph II l'accusait de n'avoir « ni ordre, ni patriotisme » et de ne tenir aucun compte « des principes qu'il avait si souvent répétés ». Il lui assignait une compétence presque universelle, police, finances, commerce et industrie, voirie, forêts, écoles, affaires ecclésiastiques, protection des paysans, etc., etc.; en 1782, 23,000 pièces sortaient de ses bureaux, au lieu de 14,000 en 1770; il recevait de la cour près de 3, 000 rescrits ou arrêtés au lieu de 1,200 '.

Les membres de l'infortuné Gouvernement succombaient à la tâche, et le souverain, se refusant à comprendre que les défaillances et les hésitations dont il les accusait avaient leur principale origine dans la hâte et l'incohérence de ses résolutions, espérait imprimer aux affaires une marche plus rapide et plus ferme en remplaçant les nobles par des fonctionnaires de carrière et en fixant avec plus de précision les attributions respectives des employés. Les décrets d'octobre 1783 et de février 1784 donnèrent au Gubernium la forme qu'il a à peu près conservée jusqu'en 1848 : le Grand-Burgrave fut assisté d'un vice-président et de neuf conseillers de gouvernement qui curent sous leurs ordres des rédacteurs et des expéditionnaires; les règles qui réser-

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