‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 278 sur 325 · I. Elle a été publiée par Grùnbcrg, II, p. 258 et sq · texte numérisé non relu

I. Elle a été publiée par Grùnbcrg, II, p. 258 et sq

LA PATENTE d'aOUT l'J'D 56 1

nance établissait des règles précises qui, dans aucun cas, ne pouvaient être dépassées, de manière à mettre fin à l'arbitraire des seigneurs ; elle fixait de même le nombre des jours de prestations pa3'ées que les propriétaires avaient le droit d'exiger de leurs paysans et qui n'étaient guère moins gênants pour ceux-ci que les corvées proprement dites.

Il s'agissait de savoir dans quelle mesure la loi nouvelle serait respectée ; elle n'était ni très formelle ni très précise, « embarbouillée d'une façon incroyable et presque inintelligible », disait Joseph II. Il eût voulu des mesures plus hardies, et les rapports qui arrivaient de Bohême l'enfonçaient chaque jour dans sa conviction qu'il était vain de ménager les seigneurs, puisqu'il n'y avait absolument rien à attendre d'eux. — Ils prennent le plus souvent pour intendants, écrivait « un homme d'état tchèque », de tout jeunes gens, qu'ils peuvent ainsi très peu payer, et qui leur sont ordinairement fournis par les Juifs qui ne pensent qu'à gagner une commission. Ces employés inexpérimentés et cupides, on leur laisse la bride sur le cou et on ne leur demande que d'envoyer le plus d'argent possible. Ils présentent les serfs sous les couleurs les plus noires. Contre eux, les sujets n'ont aucune protection ni dans les capitaines de cercles, indifférents et timides, ni dans le clergé, intolérant et grossier, ni dans l'instituteur, moins pa3'é que le berger et à peu près aussi ignare ; les meilleurs règlements ne servent à rien, parce qu'ils ne sont pas exécutés et que le paysan ne les connaît pas. Il ne voit l'intendant lui-même que quand celui-ci a de l'argent à lui réclamer, et il n'en entend que des menaces et des jurons; on le traite comme une bête de somme; la corvée à laquelle on le traîne depuis l'enfance, tue en lui le goût du travail, et la grossièreté des supérieurs avec qui il est en relations étouffe tout sentiment d'initiative et de dignité. « Nos administrateurs et nos employés ne savent tirer leur gain que des hommes et non de la terre; aussi les hommes sont épuisés, et par leur ruine la terre devient déserte. »

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