‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 279 sur 325 · LE SYSTÈME DE RAAB · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE RAAB

Leur misère est telle qu'ils ne pensent même plus à améliorer leur situation, particulièrement dans les plaines, où, dès la Noël, le laboureur n'a plus rien à manger ; il n'a pour se couvrir qu'une méchante blouse, et ses enfants vont à moitié nus; ses charrettes et ses outils ne sont pas ferrés, le harnais de ses chevaux est formé de mauvaises cordes, sa maison est ouverte à la pluie presque de tous les côtés '. L'Impératrice sentait l'insuffisance du décret du 1 3 août; elle ne pouvait pas ne pas être frappée de la véhémence que manifestait en pareille matière son second fils, Léopold de Toscane, aussi modéré et aussi prudent que son aîné était exubérant et hardi; mais vieille, usée, elle n'osait pas braver les récriminations des seigneurs. Dans son angoisse, elle accueillit avec joie les projets d'un de ses fonctionnaires, Raab, qui se faisait fort de résoudre les difficultés par la simple application des principes de l'économie politique. Les seigneurs, disait Raab, s'opposent à la suppression de la corvée, parce que, sans elle, les frais d'exploitation de leurs immenses domaines les ruineraient; pourquoi ne les morcelleraient-ils pas en fermes emphytéotiques? Ils n'y perdraient rien, puisque les nouveaux fermiers, intéressés à la prospérité de leurs biens, paieraient facilement des redevances largement équivalentes aux revenus de l'exploitation directe, et ils auraient de plus « la joie qu'éprouve un cœur patriote à penser que tant de ses semblables sont devenus paisibles, satisfaits, heureux, ou du moins, moins malheureux que par le passé » ; les paysans seraient arrachés à la servitude où ils croupissent, la population augmenterait, et le roi plus puissant gouvernerait des peuples plus unis. — Raab fut nommé en 1776 intendant-général des domaines de la couronne et des biens des jésuites, qui venaient d'être expulsés, et on le chargea d'y appliquer son système. On l'étendit ensuite aux domaines des villes et on essaya de décider les seigneurs à suivre

I. Ce rapport a été publié par Kaménitchck, dans les Comptes-Rendus de la Société des sciences, i8g5.

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