I. V. Grùnberg, II, p
exposé à voir sa tenure confisquée, et, en dépit de toutes les ordonnances, ces confiscations n'étaient pas rares, plus ou moins dissimulées par de vagues prétextes. Longtemps Joseph II n'osa pas proclamer en principe, comme le demandaient les plus hardis de ses conseillers, la pleine propriété des paysans sur leurs tenures, et, jusqu'en 1848, à côté des laboureurs rachetéSy qui disposaient librement par contrat ou par testament de leurs biens et les cultivaient à leur guise, subsista une catégorie nombreuse de possesseurs précaires, non rachetés. En 1789 seulement, l'Empereur prescrivit que les biens de tous les paysans sans exception se transmettraient désormais régulièrement à leurs successeurs naturels; mais cette loi fut presque aussitôt abrogée par Léopold sur les vives instances des nobles. Ilsn'obtinrentpas du moins le retrait des décrets qui interdisaient d'enlever aux cultivateurs leur exploitation sauf contre indemnité et dans des cas nettement déterminés, et, comme les capitaines de cercles veillèrent à la stricte exécution de ces ordonnances, les usurpations des seigneurs devinrent dès lors très rares: même ceux des paysans qui ne sont encore en droit que des usufruitiers à vie, ne sont plus menacés dans la possession de leurs parcelles.
Les plaintes de la population rurale ne portent plus guère désormais que sur les redevances et les corvées qu'elle continuait à payer. La patente de 1775 n'avait pas ramené le calme, et l'agitation était entretenue d'une part par l'activité réformatrice de l'Empereur et, de l'autre, parles usurpations des nobles, qui, menacés dans leurs privilèges, ne s'en montraient que plus hargneux et interprétaient les chartes dans le sens le plus rigoureux. Les paysans de leur côté contestaient les titres les plus anciens et les plus formels. Dans certaines régions, ils étaient excités par des fanatiques, que l'on désignait sous le nom d'Adamites et dont le credo était un mélange de vagues ressouvenirs hussites et d'aspirations anarchiques ; ces sectaires ne reconnaissaient de chef que l'Éternel et ne voulaient « d'autres corvées que celles que leur imposerait notre Père dans les