CONSÉQUENCES MATERIELLES DES RÉFORMES D
la pauvreté et de la misère. Les paysans sont vêtus de blouses en lambeaux, sans souliers, sans chapeaux et sans bas. — S'ils rencontrent un passant dont l'extérieur annonce un rang supérieur, ils paraissent rentrer en euxmêmes, s'arrêtent, tirent respectueusement leurs casquettes 1 et s'inclinent; il faut voir là, non pas les suites d'une politesse naturelle, mais les conséquence de l'oppression qu'ils subissent encore malgré les édits de l'Empereur. — Mirabeau qui connaît mal l'Autriche, mais a consulté d'assez nombreux documents, s'étonne que la (c Bohême qui a une industrie assez active, soit cependant si pauvre ». — Riegger, qui est plutôt optimiste, avoue que, « bien que depuis vingt ans on ait fait beaucoup pour améliorer la culture, on est encore bien loin du but », et il se plaint de l'inertie des habitants \ — Un peu plus tard, Mûllner ^, dans un essai de statistique, attribue cette torpeur des paysans à la dîme et à la corvée; les petites villes n'ont aucune activité, aussi la consommation est faible et les prix sont avilis; pour la raffinerie des produits artistiques et l'activité industrielle, les contrées slaves du centre sont en retard de soixante ans sur les régions septentrionales et allemandes. — Reichhardt en 1808 parle de la mendicité générale; ceux mêmes des laboureurs qui ne demandent pas l'aumône sont en haillons; les longues boucles brunes que les hommes laissent traîner sur leurs épaules, les mouchoirs dégoûtants dont les femmes entourent leur tête, les ignobles peaux de moutons dont ils s'enveloppent les uns et les autres, inspirent aux voyageurs une involontaire répulsion.
Malgré tout et sans exagérer les résultats acquis, les lois promulguées par Joseph II ne demeurèrent pas sans effet. Les voyageurs jugent ce qui est et s'étonnent que le pro-
1. Ils en avaient donc ! — Ceci pour rappeler avec quelle prudence on doit se servir de ces sortes de documents. — Et, d'autre part, les statistiques pures ne nous donnent pas l'impression de la vie.