LE RÉGIME PROHIBITIF
rées par l'opinion. L'optimisme de Joseph II lui voilait deux faits essentiels dont un homme d'Etat ne saurait s'abstraire : d'abord le misonéisme universel, même des esprits les plus ouverts, — qui ne comporte qu'un petit nombre de changements, très lents et très faibles, — et ensuite la puissance des instincts individualistes qu'irrite une police trop étroite; il usait sa popularité et gaspillait son activité à prescrire des innovations dont les unes étaient insignifiantes et les autres prématurées, et ces imprudences de détail qui éloignaient de lui la faveur de la foule, non seulement le privaient de Tappui dont il aurait eu besoin contre les privilégiés, mais surtout retardaient l'adhésion de la masse aux idées les plus saines.
Il appliquait les mêmes procédés aux manufactures et au commerce. L'industrie, émancipée par la transformation des corporations (1774) et par l'abolition des coutumes qui interdisaient aux villageois l'exercice de certains métiers, fut aussi dirigée, guidée, surveillée. L'Empereur était mécontent de ses tâtonnements : en comparaison de la « prodigieuse impulsion » qu'il avait attendue, qu'étaient les quelques dizaines de fabriques qui se fondaient ! Il attribuait ses déboires aux tarifs de douane qui, bien que fort élevés, n'avaient pas supprimé l'importation. — « Jusqu'à présent, écrivait-il à Kolovrat, c'était presque l'intention formelle du gouvernement de nourrir les marchands et les fabricants de France, d'Angleterre et de Chine. » — Autour de lui, tout le monde redoutait les effets de lois prohibitives trop rigoureuses, Kaunits, Hatzfeld, la Chambre auliquc, la Chancellerie. — « Un État, leur répondait-il, qui est si richement pourvu de matières premières, qui dispose d'un si vaste marché intérieur, tandis qu'il est si mal disposé pour le commerce que la balance des échanges lui a toujours été défavorable, doit s'arranger, puisqu'il lui est impossible d'attirer à lui l'argent étranger, d'empêcher au moins l'exportation en masse de son numéraire. » Le tarif du 27 août 1784, complété par une ordonnance douanière de 1788,