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CHAPITRE IV

L'Église et l'État '

Le Joséphinisme. — Les philosophes en Autriche sous Marie-Thérèse : Abolition de l'Ordre des Jésuites : les réformes de l'Enseignement. — La persécution religieuse : les sectes mystiques. — L'édit de tolérance de 1781 : son importance et ses limites. — La politique de Joseph II vis-àvis de l'Eglise. — Ses alliés : les philosophes et les francs-maçons. — Soumission du clergé à l'autocratie royale : les séminaires-généraux. Suppression des couvents.

Les conceptions politiques de Joseph II le mirent fatalement aux prises avec l'Église. Il se piquait d'être bon chrétien, et il était sincère, seulement il interprétait l'Évangile à sa manière, qui n'était pas toujours celle de Rome : délégué par Dieu pour guider ses peuples vers le bonheur et la vertu, il avait le droit de prescrire leur conduite aux prêtres qui étaient comme ses sergents de bataille, et de tracer lui-même la voie sur laquelle ils auraient à conduire leurs ouailles.

I. La littérature sur les réformes ecclésiastiquesde Joseph II est très abondante, presque toute polémique et par conséquent suspecte. La source principale est le Codex juris ecclesiastici Joscphini, Leipz. 1788. Les plaintes des évèques allemands et galiciens ont été publiées par Chmel (i83o) :

Aktenstûcke :{iir Gesch. des œst Kirchenwesens mit. Lcopold II. — Cp. le

tome VI du Recueil des Réclamations bclgiqnes. — Friedberg, Die Grœii^cn .fw. Staat u. Kifclie, 1872. — Ritter, A'. J. II. u. seine Kirclil. Re/ormen,

1867. — Richl u. Reinœhl, J. II als Rcform. au/ kirclil. Gebiete. — Plusieurs ouvrages de Brunner (très hostile au roi), entre autres Die Mystcvien der Aufklœr. in Œsterr., 1868; et Die tlieolog. Diencrsclia/t K. J. II,

1868. — Kink, Gesch d. K. Univers. :{ii Wien. — W. Muller, Leof. v. Ilaj. — Sur les sectes mystiques en Bohème, Ilclfcrt, dans le Juurn. du Musée bohème, 1877.

l'époque des lumières b-jS

Il avait été touché par le souffle rationaliste et, non content, comme ses aïeux, de surveiller l'Église, il prétendit la réformer et l'approprier aux besoins d'une société nouvelle.

Marie-Thérèse, qui détestait « les esprits forts », n'avait pas pu cependant fermer la monarchie à la philosophie du siècle. L'audience célèbre qu'elle accorda à Gottsched en 1749, marque comme la capitulation du vieux despotisme habsbourgeois devant l'invasion des idées de libre critique. L'année suivante, un cercle de Klopstock se fonde à Vienne. En 175 i, on enlève aux Jésuites la censure; en 1760, une « Société allemande » se crée pour combattre les préjugés et répandre les lumières; les influences italiennes, dominantes à la cour depuis le xvii^ siècle, font place aux influences germaniques.

La plupart des représentants autrichiens de l'école philosophique sont d'une médiocrité lamentable. Les fadaises de laMonachologie, les platitudes de Blumauer ou d'Alxinger, les sottes élucubrations de ce Joseph de Sonnenfels, le grand homme de Y Aiifklceriing à Vienne, qui traitait Lessing du haut de sa morgue et n'était qu'un sous-Nicolaï, cet amas d'ennuyeuses et monotones dissertations où des pédants délaient en mauvais sxvXq les paradoxes enflammés de Rousseau, nous écœure et nous agace; ils revenaient de très loin et ils se ressentirent toujours de leur détestable éducation première. Depuis longtemps une atmosphère étouffante de superstition niaise et de terreur accablait les âmes; les libraires ne vendaient que des psalmodies saugrenues, la Clé du Ciel, la Prison de l'Enfer, le Miracle du Rosaire, les Indulgences pour mille ans, le Songe de la Vierge-Marie, les Quinzes prières de Brigitte. A chaque coin, Satan guettait les malheureux fidèles, l'humanité haletait dans un cauchemar de détresse. Il faut se rappeler cela pour juger sans injustice ces coryphées de la philosophie viennoise qui se crurent des hommes libres et ne furent jamais que des dilettanti de barricades. Ils ne manquaient pas de bonne volonté et, si leur talent était faible et leur esprit vulgaire, leurs désirs étaient généreux.

b-jb LE FÉBRONIANISME

Marie-Thérèse, dont l'esprit était sain et court, sans ombre de mysticisme, mais d'une dévotion méticuleuse et étroite, apportait dans les questions religieuses la même indécision qu'en matière politique. Sans contester l'utilité de certaines réformes, elle les ajournait sans cesse, par crainte d'être entraînée trop loin. Du moins, elle n'avait aucune hésitation sur l'étendue de ses droits et les défendait avec la même raideur vis-à-vis du pape ou des diètes. L'évêque de Trêves, Hontheim, venait de publier en 1763, sous le pseudonyme de Febronius, un livre sur l'état de l'Eglise et la puissance légitime du pontife romain, qui eut un long retentissement et qui devint le bréviaire des adversaires de la Curie : bien que l'auteur protestât de son orthodoxie et qu'il eût dédié son volume à Clément XIII, il revendiquait pour les princes des pouvoirs très étendus en matière de discipline ecclésiastique. Ses conclusions furent très goûtées de l'Impératrice; elle ne s'indignait pas quand son fils lui disait que « le meilleur moj^en de traiter avec Rome était de lui demander d'abord son consentement, par obéissance filiale, mais sans lui cacher que, si elle ne le donnait pas, on n'en prendrait pas moins les mesures exigées par le bien public ». Ses ministres la poussaient dans cette voie et les représentants officiels de l'Église auprès d'elle, gagnés par la corruption générale, ne combattaient plus que mollement ses usurpations. L'archevêque de Prague, Manderscheid, fort heureux d'être rentré en grâces après ses maladroites complaisances pour Charles VII, craignait par dessus tout de mériter la colère de l'Impératrice. Il eut pour coadjuteur, depuis lySS, Antoine de Przichovitse qui administra le diocèse de Prague de 1763 à 1793; c'était un érudit, très pacifique, que n'émouvaient guère les envahissements du pouvoir civil. A mesure que la reine vieillit, les décrets relatifs à l'Église sont plus nombreux et plus hardis. Elle est évidemment débordée par le courant. Quand on lui parla pour la première fois de supprimer l'Ordre des Jésuites, elle poussa des cris d'indignation : « Je suis inconsolable

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