‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 293 sur 325 · I. Brunncr, Die theolog. Dienerschafl K.'s J. II, p · texte numérisé non relu

I. Brunncr, Die theolog. Dienerschafl K.'s J. II, p

l'édit de tolérance 587

son vœu le plus ardent est que ses sujets sans exception restent par libre conviction attachés à cette sainte doctrine où ils peuvent le plus sûrement trouver leur salut. » — Il le prouva en exigeant des garanties plus précises de ceux qui déclaraient vouloir sortir de l'Église dominante et en ordonnant qu'ils fussent soumis à une instruction religieuse préalable.

Il s'étonnait de l'espèce d'ingratitude qui avait accueilli son décret, du refus d'un certain nombre de dissidents d'en accepter les clauses. D'après la loi,, ils devaient opter entre les confessions helvétique et germanique ou l'Église grecque. Mais les sectes mystiques, qui représentaient le no3'au de beaucoup le plus important des hérétiques, ne rentraient dans aucun des cadres convenus. Ils étaient arrivés à une sorte de religion naturelle, rejetaient l'autorité de l'Écriture et les mystères du Christianisme. Haj et ses amis avaient beau les presser de toutes les manières : ils opposaient à leurs exhortations une invincible douceur : — « Qu'on fasse de nous ce qu'on voudra, nous n'adorerons jamais qu'un seul Dieu et nous n'accepterons jamais d'autre loi que ce que comprend notre raison. — Mais comprenez-vous comment pousse le grain de blé? Tout n'est-il pas mystère dans la nature? Et n'avez-vous pas l'exemple de tant de princes, de tant de rois, de l'Europe entière, qui acceptent le mystère de la croix ? — Les princes et les rois, les grands seigneurs et les maîtres des hommes pensent comme nous, seulement ils ne l'avouent pas. » Au commencement de 1783, 120 Déistes et un certain nombre d'Israélites furent relégués en Transylvanie; leur fermeté ne se démentit pas; l'Empereur qui les vit en Hongrie, admira leur simplicité et s'attrista de leur opiniâtreté. Elle n'avait pas produit moins d'impression sur leurs compatriotes tchèques et beaucoup de ces derniers, peu satisfaits de leurs pasteurs, abjurèrent la confession helvétique pour se rallier à « la foi de Dieu ' ».

I. Helfert, Journal du Musée bohème, 1877, P- 545- — Adamek, Travaux de l'Académie tchèque, VI, p. 58.

d88 L ÉDIT de TOLERANCE

Joseph II essaya de fermer les yeux, mais les sectaires, impatients du mart^Te, ne permettaient pas qu'on les oubliât. Il lança alors le décret fameux du 14 juin 1783 : — Comme ces gens-là ne sont ni déistes, ni Israélites, mais qu'ils se sont laissé séduire en partie par bêtise et ignorance, en partie par légèreté et goût des choses étranges et que la persécution les a ensuite ancrés dans leur foi, le roi ordonne que ces termes dont on a fait abus disparaissent; si quelqu'un vient de lui-même se déclarer déiste, Israélite ou quelque chose d'analogue, il recevra sans autre formalité vingt-quatre coups de bâton sur le dos et l'on recommencera chaque fois qu'il reviendra. — Le décret fut renouvelé l'année suivante ; les obstinés devaient être battus, « non à cause de ce qu'ils croient ou ne croient pas dans leur cœur, mais parce qu'ils prétendent être quelque chose qu'ils ne comprennent pas ». Le roi donnait beau jeu à ses adversaires : — « La tolérance, la philosophie d'un côté, remarquait un pamphlétaire, et vingt-quatre coups de bâton sur le dos, de l'autre, comment arranger cela ?» — L'Empereur eût été certes mieux inspiré de suivre les conseils d'un autre écrivain : « Tous les hommes ont le droit et le devoir d'exprimer leur opinion, et le gouvernement est tenu de protéger ce droit ; il est absurde de parler de religion dominante. » En réalité, il était aussi éloigné que possible de cette conception d'un Etat où le souverain se contente d'assurer l'ordre public et laisse les idées se développer sans contrainte. Quand il avait promulgué l'édit de tolérance, il avait surtout obéi à des considérations pratiques et au désir d'en finir avec des violences qui, sans résultat appréciable, entretenaient dans le pays une agitation fâcheuse ; il n'avait nullement entendu abdiquer son titre de directeur général des consciences ; il avait le devoir de veiller à ce que ses sujets ne fussent pas victimes de superstitions dangereuses et d'écarter les coutumes qui étaient funestes à la prospérité générale. Il ne remplissait pas, d'ailleurs, sa haute mission avec moins de rigueur vis-à-vis de l'Église que vis-à-vis des hérétiques

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