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Tome I

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entrée en fonctions qu'ils croient à l'Immaculée Conception ; on appelle des étrangers et des protestants. On introduit les disciplines qu'avait longtemps tenues en quarantaine la méfiance des Jésuites : la physique, les sciences naturelles, l'histoire générale.

La liberté y gagne moins qu'on ne le croirait, et la tutelle du souverain n'est pas beaucoup moins gênante que celle de l'Eglise : les Universités, dépouillées de leurs biens, privées de leur juridiction, sont soumises au Gubernium et à quatre directeurs nommés par le roi. Busching raconte en 1777 que « tous les professeurs de Vienne ont reçu l'ordre d'écrire des livres ». La légende est piquante et caractérise bien le régime imposé par Joseph II à l'Enseignement supérieur. II est bien évident du moins que l'Empereur n'admet aucun partage d'autorité et que chaque progrès de l'organisme scolaire correspond à une diminution de la puissance ecclésiastique. Or, le développement de l'instruction est un des soucis constants du règne : les parents sont tenus d'envoyer leurs enfants à l'école et les capitaines de cercles doivent y veiller; l'enseignement technique est créé, l'enseignement des filles fondé ; la population scolaire passe, dit-on, de i5,ooo élèves sous Marie-Thérèse à 180,000, dans 2,200 établissements, en grande majorité d'origine récente.

Les Ordres monastiques n'ont plus désormais aucune raison d'être. Le xvni^ siècle avait quelque sympathie pour les curés, pauvres diables qui n'étaient guère moins misérables que leurs paroissiens, peu exigeants en matière de dogme, indulgents aux faiblesses humaines et qui, après tout, apportaient quelque lumière au milieu des populations ignorantes et faméliques; il était impitoyable pour les moines qui choquaient son triple culte de la nature, de la raison et du progrès économique. Joseph II les détestait parce qu'il voyait en eux « les sujets les plus inutiles et les plus dangereux » et parce que le « gouvernement n'avait sur eux à peu près aucune autorité ». Il permit aux évêques de les relever de leurs vœux, interdit aux monas-

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tères de recevoir des novices pendant dix ans. En 1781, il supprima les Ordres contemplatifs, Chartreux, Carmélites, Camaldules, etc. L'application du décret fut très irrégulière, mais les gouverneurs savaient qu'ils plairaient au souverain en interprétant l'ordonnance dans le sens le plus rigoureux. En Moravie, le comte Cavriani, très ardent partisan des réformes, se distingua par son zèle; on affirme que dans le diocèse d'Olomouts, il ne resta pas une seule abbaye. loungmann calcule qu'en Bohême 71 couvents furent supprimés sur 154, — sans compter bien entendu les maisons des Jésuites. Avec les biens confisqués, on créa le « fonds de religion », qui servit à des œuvres de charité ou d'instruction, naturellement sous l'administration exclusive de l'État.

Privée de tout contact direct avec Rome, dépouillée d'une partie importante de ses revenus, humiliée par Tingérence brouillonne des agents royaux, gênée dans l'exercice de ses devoirs essentiels, il fallait pour que l'Église acceptât une semblable dépendance, — qui a duré, avec quelques adoucissements de fait, jusqu'au Concordat de i855, — qu'elle fût profondément affaiblie. Elle subissait à son tour l'influence néfaste de la décadence morale que l'oppression avait créée autour d'elle ; elle avait péché contre l'esprit, elle s'était habituée à chercher sa force dans l'appui de l'État; elle fléchissait à son tour sous son joug écrasant. Elle mourait de son triomphe, dernière victime de la Contre-Réforme.

L'épreuve lui fut salutaire. Les calomnies absurdes de la réaction cléricale ne sauraient nous dissimuler que parmi les auxiliaires de Joseph II l'on comptait, non seulement les représentants les plus distingués de l'aristocratie, mais quelques-uns des membres les plus éminents du clergé bohème, qui regrettaient sans doute certaines imprudences du roi, mais qui étaient convaincus de la nécessité de réformes radicales. L'événement les justifia : les innovations de l'Empereur agirent à la fois directement et par réaction, mais dans le même sens. Affranchis de leurs pré-

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jugés par une éducation moins timorée et gênés dans leur action naturelle par un despotisme tracassier, les prêtres commencèrent à comprendre les avantages de la liberté et les dangers de la centralisation ; ils se rapprochèrent du peuple, vécurent de la vie nationale et devinrent un des éléments les plus actifs de la renaissance contemporaine.

De toutes les manières ainsi, le règne de Joseph II était ^ destiné à aboutir à un résultat opposé à celui qu'il poursuivait. Pour le juger avec une pleine équité, il convient de tenir compte, non seulement de ce qu'il a fait lui-même, mais de ce qui est sorti de son action : il est impossible alors de ne pas saluer en lui un grand initiateur. Son àme était plus généreuse que son intelligence n'était ouverte : sa bonne volonté a eu sa récompense. Il a eu la chance, rare dans l'histoire, que son succès a dépassé ses intentions, il voulait former un État, il a créé des peuples.

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