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L ALLEMAND DANS LES ECOLES

centraliste : plus le gouvernement viennois étendait ses attributions et plus il était agacé par les différences locales; les souverains feignirent de croire, crurent souvent, qu'ils servaient ainsi la cause du peuple, qu'ils l'arrachaient à l'isolement où le condamnait un idiome barbare. Boh. Rieger a remarqué finement que Comenius fut un des écrivains dont les doctrines eurent alors le plus d'influence : les philosophes du XVIII® siècle retournèrent ses principes contre les Tchèques, quelques-uns de très bonne foi. Il avait enseigné qu'il fallait mettre l'enfant en présence de la réalité, ne pas entraver son intelligence dans les langes d'un dialecte disparu : on en conclut qu'il fallait remplacer le latin par une langue vivante. Laquelle? Personne ne songea au tchèque, qui n'était plus qu'un patois de paysans. Il ne restait donc que l'allemand : — « Qui ne connaît que le latin et le tchèque, écrit en lyôB un des conseillers de la reine, est un citoyen inutile à l'État et un mauvais savant. » — Dès lors, c'est le mot d'ordre, et c'est encore l'antienne que chantent les germanisateurs d'aujourd'hui : le tchèque ne sert à rien, c'est un entêtement absurde que de s'obstiner à maintenir un jargon que comprennent à peine quelques millions d'hommes, et un gouvernement sage ne saurait s'arrêter à ces fantaisies puériles. — Ces arguments sont sérieux, seulement ils s'appliquent à toutes les langues du monde qui devraient abdiquer en faveur du volapiik ou de l'espéranto.

Les réformes scolaires de Marie-Thérèse ont pour objet essentiel de répandre la langue germanique. Elles sont inspirées par des Allemands, le prieur de Sagan, Fclbigger, l'auteur du nouveau plan d'études, — Kindermann, à qui son zèle valut le titre de baron de Schulstein et l'évêché de Litomierzitse, — Rautenstrauch, etc. ; avec une candeur touchante, ils confondent les progrès de la civilisation et ceux de l'allemand. Dès 1765, un décret ordonne de ne nommer que des instituteurs sachant l'allemand et « de prendre toutes les mesures qui pourraient contribuera l'expansion générale de cette langue ». Le comte Chotick est

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invité assez vertement à s'occuper plus activement que par le passé de cette question. Il n'était pas le seul dont la tiédeur déplût à Tlmpératrice. Bien que les grands seigneurs bohèmes fussent de très médiocres patriotes, pour la plupart incapables d'écrire correctement une phrase tchèque, un secret instinct les avertissait que leurs propres titres étaient liés à la cause nationale et ils redoutaient le triomphe exclusif de la langue de la Cour.

Leur mauvaise humeur n'arrêta pas Marie-Thérèse, et le plan de germanisation se développa toujours plus nettement. Dans le règlement scolaire du 4 décembre 1774, qui organise l'enseignement primaire en Autriche, il n'est question que d'écoles allemandes ; les instituteurs feront leurs études dans les écoles normales, qui sont allemandes; partout où il est question de la langue maternelle, c'est l'allemand qu'on entend. Le slave ne trouve plus asile que dans les écoles primaires les plus élémentaires, encore pour un temps assez court. L'ordonnance de 1776 n'admet dans les gymnases que les élèves qui ont passé par les écoles primaires supérieures allemandes; dans les établissements d'instruction secondaire, l'allemand est la langue exclusive de l'enseignement; on tolère le tchèque dans quatre lycées, pendant trois ans.

En fait, les choses n'allaient pas si vite : les instituteurs manquaient, les élèves ne comprenaient pas la langue de leurs maîtres et se décourageaient : la reine, sur les instances du Gubernium, faisait certaines concessions, permettait de mauvaise gràCe l'impression de quelques ouvrages d'éducation en tchèque. Elle ne renonçait pas à ses projets. — « L'État doit devenir un peuple, lui écrivait un de ses conseillers; je sais qu'il y faudra des siècles et que la violence est un détestable moyen; mais l'État ne meurt jamais, et c'est en partant de cette considération et non de sa propre vie que le souverain doit agir. » La cour méditait de germaniser la Galicie, où il n'y avait pas d'Allemands. En Bohême, on obtenait des résultats moins problématiques : Kindermann se réjouissait de voir des élèves

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