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l'Autriche était de protéger à tout prix; ses projets sur la Bavière donnèrent au roi de Prusse Toccasion d'un dernier triomphe et réunirent pour la première fois dans la Ligue des Princes une bonne partie de l'Allemagne sous la direction d'un HohenzoUern. — Il chercha une compensation en Orient; malgré ses ministres, il se mit imprudemment à la remorque de Catherine II et déclara la guerre à la Turquie (février 1788). Cette sotte entreprise fut lamentablement conduite, les désastres de la fin du règne de Charles VI se renouvelèrent ; la pauvre figure de l'armée autrichienne en face d'adversaires que l'on tenait en piètre estime, réveilla les ambitions qui guettaient les défaillances de l'Empereur. L'Angleterre et la Prusse se rapprochèrent de la Porte, et Frédéric-Guillaume II réunit une armée sur la frontière de Bohême. La France, qui avait toujours blâmé la témérité de Joseph, était paralysée par ses troubles intérieurs, et les hommes que la Révolution poussait aux affaires étaient hostiles à l'alliance autrichienne. En face d'une coalition formidable, l'Empereur restait seul, sans autre appui que la Russie, peu siire et affaiblie, avec une armée ruinée, des généraux discrédités, des finances compromises, et, dans toutes les provinces, une opposition violente qui çà et là dégénérait en insurrection ouverte.
Jusqu'au dernier moment, Joseph II avait vécu dans un nuage : telle était sa confiance dans ses doctrines, la sincérité aussi de son dévouement au bien public, qu'il lui était impossible de s'imaginer que les peuples lui refuseraient leur adhésion. Quand il mesura la fureur de l'orage qui s'était amoncelé contre lui, son désespoir égala sa stupéfaction. Il ne se doutait guère qu'il ne régnait plus que par la terreur. Dès que la fortune parut l'abandonner, la tempête se déchaîna.
La Belgique, où le clergé, très puissant et moins domestiqué qu'en Bohême, avait refusé d'accepter la tutelle royale, se souleva au mois d'octobre 1789 et proclama son indépendance (3i décembre). En Hongrie, la noblesse.
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très nombreuse, encore à demi-barbare et habituée à une liberté anarchique, menacée à la fois dans ses intérêts matériels et dans ses droits politiques, supportait avec horreur les empiétements du pouvoir central qui confisquait l'autonomie du royaume, établissait une bureaucratie tatillonne et faisait de l'allemand la langue officielle du pa3^s. Après les échecs de la campagne de 1788, les assemblées des comitats réclamèrent la convocation de la diète qui n'avait pas été réunie depuis dix ans et la levée en masse; les habitants refusaient de fournir aux régiments impériaux les vivres nécessaires; des émissaires prussiens parcouraient le pays.
Le feu gagnait de proche en proche, atteignait, après le Tyrol et les provinces alpestres où le clergé a toujours été très influent, la Bohême, où la noblesse, bien que depuis longtemps domptée, regimbait à la longue contre une tyrannie tracassière, et enfin même la capitale. Vienne, que l'Empereur avait en vain comblée de ses faveurs. Le directeur de la police, le comte de Pergen, adressait au souverain le i3 janvier 1790 un rapport sur le « mécontentement universel ». — « Au moment où la fermentation des esprits est à son plus haut degré; où presque tous les principes sur lesquels Votre Majesté a fondé son gouvernement sont blâmés publiquement et souvent avec une amertume extrême ; où, dans les diverses classes de citoyens, même parmi ceux qui sont personnellement dévoués au prince, les cœurs sont dans la consternation et l'inquiétude..., ce serait de ma part une réserve coupable si je ne recherchais pas comment il se fait que les sujets se regardent comme malheureux sous un monarque qui ne songe qu'à leur bonheur ». Il signalait parmi les causes essentielles de cette désaffection l'arbitraire et l'incohérence du gouvernement, les excès de la centralisation, « qui n'est possible que par une extrême oppression, parce que les coutumes, les traditions, les conditions et les besoins des provinces sont si divers que les mesures qui font le bonheur d'un pa}s, rendent son
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voisin malheureux ou lui persuadent qu'il Test et l'irritent contre le pouvoir », la dissolution des Diètes, la rédaction précipitée des codes qui avaient mis en question les droits acquis, la ruine de la noblesse, jrjQppression du clergé ; une seule classe a été favorisée^ non pas satisfaite, ce sont les paysans ; des mesures, bonnes en elles-mêmes, appliquées sans préparation, ont semé l'inquiétude; les intentions les plus sages ont été viciées par les violences qui en ont accompagné la réalisation; dans la fermentation [universelle, il suffirait que le mot de liberté retentît pour déchaîner une insurrection générale; des mesures rapides et radicales sont nécessaires pour désarmer la révolution en Hongrie et en Galicie, et, même dans les pays allemands où l'on est habitué à une obéissance passive, il sera nécessaire, pour ramener le calme, de rompre avec le système précédent '.
Joseph II succombait, en laissant de côté des détails secondaires d'exécution, à une erreur fondamentale : il avait voulu accomplir une révolution sans former un parti révolutionnaire. Par un reste de préjugé qui l'avait empêché de tirer de ses principes leurs conséquences nécessaires et d'anéantir jusqu'aux derniers restes du régime féodal, par ses tendances centralistes et germamsatrices, qui lui . avaient aliéné les peuples, il avait déconcerté l'enthou- \ siasme de ses partisans naturels; en face de la formidable ' coalition des intérêts, il n'avait pour appui qu'une poignée de séides qui le compromettaient plus qu'ils ne le soutenaient. Il était abandonné même par ses ministres et ses parents les plus proches. « La situation de l'Empereur est épouvantable, écrivait l'archiduchesse Christine (22 janv. 1790)... Suivant moi, c'est sa faute : il a abusé de sa santé de fer, il n'a pas voulu écouter ceux qui, par affection pour lui, lui disaient la vérité. Voilà le résultat. » Il accueillit la mort comme une délivrance '^^20 février 1 790). L'expiation était si dure qu'elle ne laisse plus de place
I. Pergen comprend la Bohème dans les pays allemands. Son rapport a été publié par Fournier, Histor. Studien, p. 167.