I. V. sur ce point essentiel, p. 107, note i, et page
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Officiers du pays, « qui veillaient jadis à ce que les avantages du roi et ceux du royaume ne fussent jamais séparés... et qui se trouvaient, comme représentants du bien public, au point de contact où se rencontrent les intérêts du souverain et ceux de l'État », reprendront au moins en partie leurs attributions judiciaires, et aucune question grave ne sera résolue dans le Gubernium sans qu'ils aient été entendus. Quand une Grande Charge deviendra vacante, on avertira les États et on tiendra compte de leurs propositions pour les nominations ; les grands officiers démissionneront tous les cinq ans, et si, dans l'intervalle, ils donnent quelque sujet de plainte, la Diète sera libre de se réunir et d'avertir le souverain par un message ou une délégation '.
« Les fidèles États de Votre Majesté, disait la pétition en terminant, ne croient pas avoir à craindre qu'aucune de leurs demandes produise sur leur souverain une pénible impression. — Elle possède assez de générosité pour renoncer volontairement à une autorité absolue qui pourrait devenir funeste entre les mains d'un successeur moins vertueux. » Ces formules rassurèrent sans doute Léopold II, et ce n'est pas sur ce ton que parlent des hommes qui sont résolus à pousser la résistance jusqu'au bout; elles ne lui cachèrent certainement pas la gravité des concessions qu'on attendait de lui. Le Mémorandum des États annulait les conquêtes lentement accomplies par la ro3'auté depuis un siècle et demi et rendait à l'oligarchie la direction des affaires publiques; maîtresse de l'impôt, servie par un personnel administratif considérable, proposant et surveillant les Grands-Officiers publics, la Diète se transformait en un véritable Parlement, dont la volonté
I . Il est évident que ces dernières clauses, en dépit de certaines obscurités de rédaction, auraient rendu une influence prépondérante aux États, et elles expliquent l'enthousiasme,— à mon avis excessif, — avec lequel certains historiens tchèques parlent de la Diète de 1791. Je ne suis pas du tout convaincu que la majorité ait aperçu le sens dernier de ses revendications et elle les abandonna si facilement qu'il ne convient pas d'attribuer trop d'importance à un programme qui ne fut pas sérieusement défendu.
dominerait la vie publique. Les nobles, presque sans le savoir et sans le vouloir, avaient peu à peu dépassé leurs intentions primitives : restait à savoir comment ils soutiendraient leur mirifique programme.
Léopold II ne songea pas une minute à le prendre pour base des négociations. Il avait couru au plus pressé, s'était dégagé des affaires orientales : aux conférences de Reichenbach (juillet 1790), il avait apaisé l'Angleterre, et la Prusse, désormais isolée, était forcée d'ajourner ses ambitions ; il avait si bien ramené l'opinion, qu'en septembre il fut élu Empereur sans difficulté, en même temps que s'ouvraient à Sistova des conférences de paix avec la Turquie.
Il signifia clairement alors ses conditions à ses adversaires, qui le croyaient à leur merci. Il promit aux Hongrois de respecter l'autonomie de la Couronne, de convoquer régulièrement la diète et de ne lever sans son aveu ni impôt ni contingent; l'approche des 60,000 hommes que le traité de Reichenbach avait rendus disponibles, convainquit les Mag}'ars qui se résignèrent de mauvaise grâce. En Belgique, les réactionnaires, inquiets de la tournure des événements en France, jugèrent plus prudent de ne pas s'obstiner dans la lutte, et, au mois de décembre, quand l'ancienne constitution des Pays-Bas eut été restaurée, le calme revint peu à peu dans les esprits.
Diverses autres mesures donnaient satisfaction au clergé, qui était l'àme de l'opposition ; les séminaires-généraux furent supprimés et l'instruction des prêtres, rendue aux évêques ; les règlements relatifs au culte furent abrogés, beaucoup de pèlerinages et de fêtes qui avaient été interdits, furent de nouveau autorisés.' Les fonctionnaires étaient satisfaits de la suppression des notices individuelles et du rétablissement partiel de la procédure collégiale ; les bourgeois n'étaient plus forcés d'élire dans leurs conseils des officiers en retraite; les articles du code civil qui avaient provoqué les réclamations les plus vives, étaient modifiés. Ces concessions ne touchaient pas au fond des
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choses et laissaient intact l'absolutisme ro3^al, mais elles avaient été rapidement consenties, choisies avec un remarquable discernement; l'opinion publique, qui était mal préparée à des revendications importantes, n'en demandait pas davantage. Quelques mois avaient suffi pour retourner la situation. En 1790, les États parlaient haut, parce que l'Empereur était isolé au milieu d'un concert unanime de récriminations; un an plus tard, ils s'aperçurent qu'ils n'avaient plus personne derrière eux. Le roi leur avait laissé le temps de se calmer, avait renvoj^é l'étude de leurs demandes à des commissions qui ne se hâtaient pas : il affichait toujours d'ailleurs les meilleures intentions, rétablissait le Comité du pays dans ses anciennes attributions. Il lui avait suffi d'une perspicacité très ordinaire pour deviner où le bat blessait les seigneurs : leurs scrupules constitutionnels ne s'étaient réveillés que le jour où ils avaient été menacés dans leurs prérogatives utiles, et ils se préoccupaient beaucoup moins de la suppression de la Chancellerie de Bohême que de la patente qui substituait aux corvées une redevance fixe. Les diètes de Moravie et de Silésie, avec une hâte significative, avaient supplié l'Empereur de renoncer au nouveau régime financier et de revenir au système établi par les décrets de 1771 et de 1775. Les Etats de Prague avaient au début enveloppé davantage leur pensée, parce qu'ils redoutaient une insurrection; le vote de leurs voisins leur délia la langue ; ils pré.voyaient une vive agitation parmi les pa}^sans, mais ne s'en alarmaient plus : — qu'on avertit seulement les serfs, qu'on prît des précautions militaires et qu'on réprimât les troubles avec une impitoyable sévérité. — C'était lé déchaînement féroce des plus âpres convoitises ; plutôt que d'abdiquer leurs derniers privilèges, les nobles étaient prêts à tout, même à la guerre civile, même aux massacres. Ils savaient que les laboureurs, si on leur arrachait la liberté qu'ils tenaient déjà, regimberaient sous le joug : pour les briser, ils réclamaient àprement leurs vieux droits discrétionnaires. « Comme il est
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certain, disaient les Moraves, d'une part, que toutes les catégories d'hommes et en particulier les masses brutales des paysans ne peuvent pas toujours être amenées à l'obéissance par de bons traitements, et comme il est avéré, de l'autre, que l'extrême insubordination des populations rurales est provoquée par les nombreuses formalités actuellement exigées (des maîtres qui veulent les punir), comme enfin quelques coups de bâton, infligés sur l'heure, font plus d'effet que des peines plus graves, mais trop ajournées ' », ils demandaient qu'on revînt au régime du fouet. Quand la discussion s'ouvrit sur ce point à Prague, Sternberg vit l'assemblée si montée qu'il crut inutile de s'opposer à l'entraînement général : timidement, il fit observer qu'il était peu convenable, « dans une pétition présentée au roi au nom de la nation entière, d'injurier en quelque sorte une partie importante de cette nation, « toute une classe d'hommes ». La majorité ne le comprit guère : Qui? les serfs! Une partie de la nation ! De quoi se plaignaient-ils? — Et en réalité, déclara le comte Puteani, leur prétendu mécontentement est factice, entretenu par la presse révolutionnaire qui dépeint la corvée comme un esclavage; après tout, si les fermiers se croient lésés par les prestations en travail, qu'ils se rédiment, à condition que le seigneur fixe librement le prix du rachat : la terre n'est-elle pas à lui? Que le pa3'san paye son fermage en argent ou en travail, il s'y résignera vite, si la cour renonce à fomenter l'esprit de révolte par ses concessions imprudentes. On voit combien les idées d'égalité et d'humanité avaient encore peu pénétré l'aristocratie tchèque : c'était dans le même esprit qu'elle désirait que l'on fermât aux bourgeois certaines fonctions, parce que « toute une série de carrières leur est ouverte, tandis que les nobles n'ont devant eux que quelques charges militaires ou civiles et qu'il est juste par conséquent qu'elles leur soient réservées »; — qu'elle voulait encore une procédure spéciale, une prison particulière.