Tome I
quelque candeur ou quelque hypocrisie à supposer qu'ils procéderaient toujours avec modération.
En même temps qu'on fermait les églises protestantes, on poursuivait tout ce qui pouvait conserver le souvenir de l'hérésie et on restaurait les traditions romaines. La langue latine était rétablie dans le service divin, où elle avait disparu depuis deux siècles. La statue triomphale de Podiébrad qui ornait la vieille église du Tyn, était remplacée par la statue de Ferdinand écrasant l'hérésie. Le jésuite Plachy envoyait ses élèves abattre le calice doré qui surmontait le Tyn et on lui substituait une statue colossale de la Vierge. A Litomierjitse, on brisait solennellement les statues de Hus et de Jérôme de Prague; on jetait au vent les ossements de Zizka et de Rokytsana. Les Jésuites établissaient solidement les bases d'une domination qui se prolongea jusqu'à Marie-Thérèse. Le 14 novembre 1622, le directeur de leur collège de Saint-Clément prenait possession de l'Université de Charles, la plus ancienne de l'Europe centrale. Seuls les Jésuites enseigneraient dans les facultés de philosophie et de théologie et ils nommeraient les professeurs de médecine et de droit ; le Recteur et le Chancelier étaient pris dans leurs rangs et ne relevaient que des supérieurs de l'Ordre. La Compagnie prétendait hériter de la haute direction qu'avait eue auparavant l'Université sur toutes les écoles du royaume; elle réglerait les plans d'études et les programmes, donnerait les permis d'enseigner, et le Recteur réprimanderait et au besoin destituerait les maîtres dont la foi serait suspecte. Les Jésuites exerceraient seuls la censure, inspecteraient les libraires et les imprimeurs et confisqueraient les livres dangereux; en cas de récidive, tout le magasin du marchand serait saisi au profit de la Société '.
Il n'est que juste de reconnaître qu'ils apportaient dans la poursuite de leurs desseins un admirable esprit de suite et autant d'industrie que de dévouement. Ils avaient com-