‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 36 sur 325 · D'Elvcrt, XVI, p. i5y · texte numérisé non relu

D'Elvcrt, XVI, p. i5y

analogues à celles de l'expropriation en masse de l'ancienne noblesse '.

En 1624, la période préparatoire de la restauration catholique est terminée ; officiellement, l'hérésie a disparu ; la résistance a été désorganisée par la ruine de la noblesse, par les mesures qui ont supprimé les derniers restes de l'autonomie des villes et par l'expulsion des pasteurs; il s'agit désormais de forcer la masse de la population, démo ralisée et tremblante, à accepter plus ou moins sincèrement la doctrine romaine. Quelque impitoyable qu'ait été la commission de confiscation, un certain nombre de nobles ont conservé quelques débris de leur fortune : ils^ seront mis en demeure d'opter entre la conversion et \ y l'exil. — Les pasteurs, protégés par la connivence des habitants, reparaissent sans cesse; on redoublera contre eux de rigueur. — Les villes que Ferdinand avait déjà replacées sous la tutelle des juges royaux, ont été soumises de plus à des capitaines qui ne laissent aux conseils que l'expédition des affaires courantes, et ces conseils euxmêmes ont été composés exclusivement de catholiques. Ces juges sont, d'après les rapports officiels, « légers, cupides et perdus de mœurs » et leur administration lamentable exaspère les habitants; les nouveaux conseillers ont été recrutés parmi des gens sans ressource et sans aveu. En face de ces intrus, la vieille bourgeoisie, par orgueil municipal et par fidélité aux traditions non moins que par conviction religieuse, s'attache avec désespoir à son culte. Il faut la forcer dans sa dernière retraite, l'atteindre dans ses intérêts essentiels et écarter par tous les moyens ceux qui dirigent la résistance, — Il faut enfin extirper l'hérésie

I. Voir dans les Mittheil. des Vereins fûr Gesch. der Deutschen in Bœhmen, 1869, l'histoire de l'école de Schlagenwald;

dans la masse des paysans, difficile à atteindre, sournoise et tenace, dont la conversion définitive assurera seule l'Église contre tout danger de réaction. Sans doute, de 1620 à 1624, les missionnaires ont enregistré quelques succès dans les villes et dans les campagnes, mais ces triomphes sont plus bruyants que réels ; ce n'étaient que des reconnaissances qui n'avaient guère d'autre importance que d'encourager les assaillants. Maintenant, les travaux d'approche sont terminés, la citadelle est démantelée et l'assaut peut commencer. Les décrets et les mandats se succèdent, plus directs, plus précis et plus durs, et pour en assurer le respect, le gouvernement recourt d'une manière générale aux exécutions militaires, qui n'avaient été jusqu'alors que l'exception. Les passions s'exaspèrent. Eternelle malédiction qui pèse sur les persécuteurs! Dans la voie criminelle où ils se sont une fois engagés, il ne leur est plus possible de s'arrêter; les meilleurs sont grisés par cette atmosphère sanglante; les causes les plus saintes en demeurent profanées et les dévouements les plus hauts s'y avilissent.

Nous trouvons dans les historiographes de la Compagnie de Jésus l'écho de l'ivresse sainte qui emporte les moines; dans le style de Schmidl, qui nous a raconté les destinées de la Société en Bohême, monotone et traînant en général, éclatent des fanfares d'hallali : « C'est à ce moment surtout que les Pouvoirs suprêmes. Ecclésiastique et Séculier, avec une ardeur louable et unanime, poursuivirent la grande œuvre de la restauration religieuse et réclamèrent pour cela avant tout l'appui de nos Pères. Il fallait ouvrir partout et aplanir la voie à la religion catholique qui revenait comme d'exil, il fallait la rétablir : Dur labeur! « — Les Jésuites ne s'y ménagent pas. Ils couvrent le royaume d'une nuée de missionnaires qui, indifférents aux fatigues et avides de péril, remplacent les curés, trop rares et médiocres, organisent le culte, fondent des confréries, recherchent les livres suspects, catéchisent et prêchent : « Je pourrais nommer plus de trois cents de nos Pères, écrit Balbin, dont chacun

a converti plusieurs milliers d'hérétiques; un d'entre eux en a converti plus de 6000. » Ce sont de très vaillants soldats en môme temps que de très habiles diplomates et de très subtils ps3^chologues. Leurs annales citent avec orgueil le P. Colcns qui, pour remplacer les livres qu'il brûlait, traduisait de pieux traités, tels que le « gémissement des colombes » ou « l'échelle céleste » ; le Père Chanovsky, le recteur du collège de Kroumlov, qui pendant vingt-deux ans évangélisa les environs de Plzein, de Kolin et de Tabor; le père Kravarsky, qui dépassa tous ses collègues : sur la demande de ses supérieurs, il écrivit avant de mourir une récapitulation générale de son œuvre; il arrive à un chiffre total de 33,140 âmes qu'il a arrachées à la perdition. Voilà un jésuite qui avait de l'ordre!

Ils ont toutes les qualités et toutes les vertus, moins une, le respect de la conscience d'autrui. De là certaines faiblesses de leur méthode, qui n'est excellente que quand elle s'adresse à des fidèles qui ont déjà le pli de l'obéissance. Schmidl nous parle d'un enfant que l'imprudence de ses parents protestants avait confié à la probité des Pères; ils le convertirent. La mère eut vent de la chose, accourut, interrogea son fils qui confessa bravement sa foi; la pauvre dame ouvrit alors avec lui une discussion en règle et l'infortuné gamin, ahuri par cette pluie d'arguments, saisit le tambour avec lequel il avait coutume de s'amuser et toutes les fois qu'elle essayait de placer une de ses citations, il l'anéantissait sous ses roulements'. Les procédés des Jésuites rappellent trop souvent cette façon de polémique. Cela tient à la fois au-x tendances générales du siècle que domine encore un mysticisme matérialiste, aux traditions espagnoles dont l'Ordre demeure profondément pénétré, et à la conception fondamentale de l'Église catholique qu'ils exagèrent jusqu'à l'absurde. Ils s'adressent très peu à la réflexion, beaucoup au sentiment et à la volonté ; ils s'attachent à frapper les imaginations par les pèleri-

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