I . Schmidl, p
nQ MISSIONNAIRES ET DRAGONS
nages grandioses, les processions somptueuses, la pompe des cérémonies. Les catéchismes généraux étaient un de leurs triomphes. Ils amenaient en longues théories les enfantsdesécoleset les jeunes gens des gymnases: derrière eux, la foule curieuse s'engouffrait dans l'église, les sujets les mieux dressés montaient sur une estrade et la représentation commençait : les rôles étaient distribués avec soin, quelques enfants ânonnaient les doctrines hérétiques ; leurs camarades les accablaient de leur science récente; les assistants intervenaient, applaudissaient, riaient, et le tout se terminait par des cantiques, dont les airs étaient empruntés aux anciens recueils tchèques. Quelquefois Dieu apportait son secours direct à ses défenseurs : on promenait un Christ gigantesque qui souriait aux catholiques et détournait avec horreur la tête quand il passait devant les protestants; une vierge pleurait sur l'endurcissement des infidèles. Les prodiges naissaient sous les pas des prédicateurs, la vierge miraculeuse de Mikoulov fut une des plus précieuses auxiliaires du cardinal Dietrichstein dans son œuvre de conversion.
Les Jésuites ici dépassaient un peu la mesure. Dieu a vraiment bien raison de ne pas prodiguer les miracles, parce que, sauf de bien rares exceptions, ils ne touchent guère que ceux qui n'en ont pas besoin pour croire. Depuis deux siècles, les Bohèmes étaient habitués à d'autres moyens de polémique, ils avaient pris le goût de la libre réflexion, et c'est une plante tenace. Les hagiographes nous parlent bien du prédicateur qui à Prague en neuf sermons ramenait dix mille hérétiques à la vraie foi, ou de l'affluence des pénitents qui était telle que vingt-sept prêtres dans la seule église de Saint-Sauveur confessaient du matin au soir, sans suffire aux demandes : d'autres témoignages incontestables prouvent que la résistance n'était pas vaincue. — « Tout cela, écrit Carafa, ne fut pas absolument sans résultat ; le succès ne fut pas cependant tel qu'on l'avait attendu. Personne ne pouvait se plaindre que les moyens de s'instruire lui manquassent; chacun était libre de s'adresser à un
prêtre séculier OU régulier, qui lui laissait le choix de l'heure et du jour; mais on s'aperçut que c'était cette instruction même qui n'était ni désirée ni vivement appréciée '. » Dans les longues délibérations pendant lesquelles furent arrêtées les mesures définitives, les rapports d'Harrach non moins que ceux de Lamormain ou de Philippe, le confesseur du fils aine de Ferdinand II, indiquent quelque découragement: « on n'a obtenu que peu de résultats », le zèle pieux de l'Empereur et les exhortations des autres ecclésiastiques se heurtent inutiles à la dureté des Bohèmes. C'est toujours l'intraitable nation qui bravait l'anathème de Pie II. — On invente alors la légende d'une poignée de rebelles tenaces qui seuls paralysent la bonne volonté des foules qui n'attendent que l'occasion de se précipiter aux pieds des Pères. Contre ces obstinés les armes ne manquent pas. Les missionnaires sont appuyés par une série de mandats royaux et d'arrêtés de Liechtenstein qui de 1624 à 1626 mettent hors la loi tous ceux qui n'acceptent pas la religion du souverain. Les plus nombreux visent les bourgeois, ce qui est conforme aux idées de l'époque : les villes sont une création du prince, constituent une partie de son patrimoine personnel, relèvent directement de la Chambre aulique: le droit de bourgeoisie ne sera accordé qu'aux catholiques et seuls ils pourront exercer un métier (6 mai 1624) ^; les charges municipales leur seront exclusivement réservées; les hérétiques ne pourront pas contracter