‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 38 sur 325 · Carafa, Commentaire, p · texte numérisé non relu

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2. L'histoire des persécutions, cap. 3i, cite une ordonnance générale de ^ juillet qui a été depuis lors reproduite par presque tous les historiens. Gindely dit que cette pièce est fausse (p. 211). Il est étrange cependant qu'elle ait été publiée aussi par Betskovsky (II, p. 402), qui n'a sans doute

pas un sens critique très éveillé, mais qui est un très bon prêtre catholique. Il est vrai qu'elle est sensiblement plus rigoureuse que les instructions secrètes qui furent à la même époque données aux commissaires royaux ; elle menace de mort tous ceux qui donneraient asile à un pasteur; ce n'est peut-être pas là une raison suffisante pour en rejeter l'authenticité, parce que nous savons qu'il y avait toujours dans les mandats officiels une part destinée à effrayer les habitants. — Je serais disposé à croire qu'il s'agit d'une sorte de résumé, et en effet les diverses stipulations contenues dans l'ordonnance contestée se retrouvent isolées dans la série des décrets royaux.

de mariage légal, et ceux qui passeront outre à cette défense seront punis par la confiscation de leurs biens mobiliers et de la moitié de leurs domaines; l'archevêque interdira à ses prêtres de consacrer l'union des personnes qui n'ont pas fait profession de foi catholique: ceux qui désobéiront perdront la dixième partie de leurs biens '.

Bien que l'application régulière de ces mesures dût suffire pour amener dans un délai assez court l'extinction de l'hérésie, l'impatience des vainqueurs réclamait des succès plus complets et plus rapides. Dès le début, quelques chefs énergiques, tels queMarradas, Kolovrat ou Huertase sont bien trouvés de se faire accompagner par des soldats. A la fin de 1623, la pratique devient générale et les missionnaires de Liechtenstein entrent en ligne ". Il faut se rappeler ce que sont à ce moment les armées pour comprendre les souffrances de ces bourgeois livrés sans défense à des bandits, qui font œuvre pie en s'abandonnant à leurs instincts les plus ignobles. Très souvent, la terreur qu'ils inspirent est telle que leur approche sujfïit à déterminer une apostasie générale. D'autres villes au contraire témoignent d'une sublime constance, défendent pied à pied leur liberté et ne capitulent que lorsque leur population a été décimée. Les chroniques locales nous permettent de suivre les détails de cette agonie de la vieille bourgeoisie tchèque.

1. Bilek, Contre-Réformat., p. 53. Tous les catholiques n'approuvaient pas ces résolutions et les Jésuites penchaient en général vers une pratique moins inhumaine. Les mandats royaux n'étaient en somme que l'application des décisions du concile de Trente, et comme toujours les violents l'emportèrent. Tout au plus est-il permis de dire que les sévérités de la loi furent limitées par l'impuissance de l'administration.

2. Le Père Svoboda a publié dans la revue la Patrie, 1889, un article sur les Dragons de Liechtenstein dans lequel il cherche à prouver que la responsabilité du prince dans l'affaire, a été exagérée, — et ses arguments sont dignes d'être retenus, — mais aussi que l'envoi des soldats ne fut déterminé que par des considérations purement politiques. 11 est vrai qu'il y avait à ce moment en Bohème une fermentation qui pouvait paraître dangereuse, mais quelle en était la cause, sinon les mesures prises contre les protestants ^ 11 reconnaît d'ailleurs lui-même que ces régiments « servirent à dompter les pires adversaires de la religion romaine » (p. 4). C'est toujours le même faux-fuyant. Je ne reproche pas aux Jésuites d'avoir aimé la violence pour elle-même, mais d'avoir été fatalement amenés par leurs principes à en accepter l'emploi.

A Koutna-Hora ', la grande cité minière, qui conservait encore des restes imposants de son antique splendeur, la restauration commence en 1621, timide d'abord et sournoise; on rétablit les processions, on invite les pasteurs à se rapprocher peu à peu des cérémonies romaines. Les bourgeois apeurés suivent, non sans répugnance; quand ils reçoivent l'ordre de renvoyer leurs pasteurs, ils invoquent 1 leurs privilèges, en appellent au roi : J^ grand jrmître de la monnaie, Ilbourk de Vrzésovits, de qui relève la cité, prend l'affaire en mains : il était de loisir, en ce sens qu'il ne s'occupait guère de ses fonctions et que le désarroi des finances venait en partie de sa négligence : raison de plus pour étaler sa ferveur. Il accourt et, à force de menaces, obtient du conseil qu'il chasse les pasteurs. Tout en obéissant, les magistrats, triés cependant sur le volet, insistaient sur les inconvénients de ces rigueurs : il y avait dans la ville et les environs une nombreuse population flottante \ qui quitterait le royaume, les mines seraient ruinées. Vrzé- ^ soviis, pour toute réponse, appelle un détachement de cavalerie et il confie l'instruction des hérétiques à un certain Appien, qui était un des types les plus réussis de ce clergé d'aventure qui s'était abattu sur la Bohême : on l'accusait de relations suspectes avec des femmes légères et il était sous le coup d'une enquête à propos d'un meurtre, dont il était bien réellement l'auteur; il était en excellents termes avec le grand monnayeur, si excellents qu'un soir à l'auberge, après un dîner trop largement arrosé, ils se jetaient des assiettes à la tête. Vrzésovits avertit les bourgeois que l'Empereur tient à ce qu'ils assistent à la messe avec leurs femmes; ceux qui se dispenseront sans motifs suffisants d'y venir, paieront une amende de 25 à 5o écus. Comme les bourgeois préfèrent l'amende à la messe, il ajoute la prison : « Sa Majesté ne veut forcer personne à adopter la religion catholique, mais elle ordonne que les

I. Mon récit est le résumé du livre de.Veselsky, Hist. de Koutna-Hora, qui est fait exclusivement sur des documents d'archives.

8o MISSIONNAIRES ET DRAGONS

habitants écoutent la Sainte Messe et la prédication ; après quoi ils seront libres de se retirer chez eux '. » La ville est occupée par une garnison, composée « de vauriens et d'impitoyables pillards ». Malgré tout, les habitants ne cèdent pas, les prédicateurs expulsés rôdent dans la banlieue; le jour de Noël, une assemblée hérétique est surprise dans les environs de la ville; les soldats dépouillent les prisonniers de leurs vêtements, « se conduisent comme des chiens ». Vrzésovits recourt aux grands moyens, ordonne au conseil de voter 3,ooo écus pour l'entretien d'un collège catholique et comme le conseil regimbe, il menace de confiscation tous ceux qui ne prendront pas part à toutes les cérémonies religieuses. Beaucoup d'habitants ont quitté le royaume, les mines sont abandonnées, la Chambre royale s'inquiète des conséquences financières de ce prosélytisme. Liechtenstein n'a pas de ces tergiversations pusillanimes. Les bourgeois viennent à Prague pour implorer quelque délai. On se moque d'eux. — « Les garnisaires apprendront bientôt à ces entêtés les cantiques catholiques » ; on leur promet l'arrivée des Jésuites comme « cadeau de nouvel an » (déc. 1625). Ils viennent, en effet, s'emparent aussitôt de la magnifique église de Sainte-Barbara qui est un des joyaux de l'architecture bohème ; les conseillers sont invités à réunir sur le champ les habitants qui déclareront par oui ou par non s'ils veulent se convertir; on retirera les garnisaires des maisons de ceux qui se soumettront et on les répartira entre les rebelles, sans user d'autres punitions; j'espère, leur dit le président de la Chambre que « vous passerez librement à la religion catholique et ne vous y laisserez pas contraindre comme des ânes ». En 1628, sur cinq cent quatre-vingt-quatorze maisons, deux cent deux sont abandonnées, la population a baissé de moitié.

AMlada-Boleslas, écrit le Père jésuite Svoboda, la résistance persistait à cause de quelques meneurs. On fit venir

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