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3. En principe, les bourgeois qui préfèrent l'exil à l'apostasie sont libres de vendre leurs biens. — Mais à qui? De plus, ils sont tenus d'acquitter des charges diverses, de payer leur part des dettes de la ville. En réalité, c'est la ruine complète.
LA FIN DE l'hérésie 83
des missionnaires, les hérétiques persistent dans leur erreur, ils auront à supporter le poids des soldats, afin que la persécution leur ouvre l'intelligence ', et cela aussi longtemps qu'ils n'auront pas satisfait à leur devoir. Que l'on ne craigne pas que ce soit une occasion de sacrilèges ! L'intervention du roi est légitime, puisque les hérétiques ont reçu une instruction suffisante pour reconnaître la vérité et l'embrasser sans mensonge. » En poussant les choses rapidement, elles peuvent être menées à bien en deux ou trois ans.
On institue alors à Prague (1627) une commission supérieure qui désigne un certain nombre de délégués chargés de parcourir le royaume avec des missionnaires : ils auront toujours des troupes à leur disposition. Une série de décrets a déjà interdit la possession des domaines libres à tous les non catholiques. En 1627, un décret célèbre, publié le jour de la Saint-Ignace, en l'honneur du fondateur de la Compagnie, ordonne à tous les seigneurs qui ne veulent pas se convertir, de quitter le royaume avant six mois. Quelques semaines plus tôt, Ferdinand avait promulgué lanouvelleconstitution qui déclarait qu'il n'y aurait en Bohème d'autre religion reconnue et admise que la religion catholique.
Jamais la réaction religieuse n'a été plus près de triompher en Europe que dans ces années 1626-1628. En Bohême et en Moravie, le protestantisme est définitivement écrasé. La Silésie, que protègent encore les privilèges que lui a imprudemment reconnus l'Électeur de Saxe, est guettée par les fanatiques qui espèrent par leurs usurpations provoquer une explosion, dont ils tireraient parti pour supprimer ces libertés. Dans la Haute-Autriche, les paysans, poussés à bout, se sont révoltés, mais leur héroïsme est resté inutile et, abandonnés par tous, épuisés, il ne leur reste plus d'autre ressource que d'accepter les pires misères et d'abdiquer leur foi. La haute aristocratie hongroise
I. Subgraventur milite... ut vexatio det intellectum ; Gindely, p. 248.
est convertie par Pazmany. Les Habsbourgs, dont l'autorité quelques années auparavant était si chancelante, ont imposé leur foi à leurs sujets et, sûrs désormais de ne pas être arrêtés par des difficultés intérieures, s'avancent à la conquête de TAllemagne. Mansfeld, de nouveau battu, est mort misérablement en Bosnie (nov. 1626), les Danois ont été écrasés à Lutter, le congrès des princes à Mulhausen (oct. 1627) a révélé le désarroi du parti protestant. Et cette fois, l'honneur du triomphe revient bien aux Habsbourgs, c'est leur armée qui a chassé Christian IV et c'est Waldstein qui domine l'Allemagne septentrionale.
Pendant que les ministres de Ferdinand préparent Tédit de restitution qui doit étendre à l'Allemagne les bienfaits de la Contre-Réformation, dans le royaume, c'est la dernière poussée, plus furieuse et plus méthodique. D'un bout à l'autre du pays, ce ne sont qu'exhortations, processions, sermons, instructions, et aussi leur accompagnement naturel, exils, menaces, expulsions. La plupart des obstinés qui avaient jusqu' alors attendu un revirement, ceux aussi qui avaient réussi à déjouer les recherches, traqués de tous côtés, sans secours et sans espoir, prennent tristement la route de l'étranger. Zérotyn quitte décidément le royaume et il est bientôt suivi par les derniers pasteurs de l'Unité, (janv. 1628), qui vont demander asile aux Polonais ou aux Slovaques. Arrivés àla dernière colline qui sépare la Bohême de la Silésie, ils s'agenouillèrent et supplièrent le Seigneur de ne pas permettre que sa parole fût complètement effacée chez ce peuple qu'il avait jadis choisi pour être son premier confesseur; puis le cœur brisé, ils s'enfoncèrent dans la nuit. « Elle est belle, la rivière Vltava, dit l'hymne dans laquelle ces exilés crient leur angoisse vers le ciel ; c'est là que sont nos maisons et la patrie adorée. Elle est douce aux yeux la ville, la ville de Prague, dans laquelle habite notre famille bien aimée. Elle n'existe plus pour nous la rivière, et la ville non plus. Hélas, on nous a montré le chemin de l'exil. Nous n'avons rien pris avec nous, nous avons tout laissé. Nous avons emporté seulement la Bible
de Kralitse et le Labyrinthe du monde. O Tatra, vous nous recevrez dans vos montagnes; c'est là que nous voulons vivre et laisser nos os. »
Parmi les hommes qui avaient pris part à l'insurrection un des plus connus était le médecin Borbonius; condamné à mort, puis gnâcié, il avaitessayé de se remettre au travail ; la force lui avait manqué; il se débattait contre les juges qui l'avaient dépouillé, essa3'ait de leur arracher quelques bribes de sa fortune. En réalité, le coup avait été trop rude, le ressort de la vie était brisé et, au milieu du désastre de ses espérances, son àme s'attachait avec ce besoin invincible de consolation et de bonheur que rien n'arrache de l'homme, à la récompense céleste : fierté personnelle, orgueil national, besoin de vengeance, respect des ancêtres, les sentiments les plus sublimes, les passions les plus fortes se résumaient dans une pensée dernière: ne pas trahir Dieu. De tous côtés on le travaillait, on lui représentait les avantages de la soumission et les souffrrinces où il allait se condamner. Ah! mon ami, lui disait Martinits, convertis-toi, ton exemple sera si utile à l'Église. — Je ne crois pas; j'ai une conscience inquiète; si je me soumettais contre ma conviction, elle me tracasserait et me torturerait jusqu'au désespoir ; je mourrais au milieu de l'épouvante et des pires tristesses et mon malheur détournerait les autres. — Martinits et le commissaire de réformation lui ordonnent alors de quitter le royaume; malgré les réclamations de sa femme sa maison est confisquée. Ses forces sont à bout; épuisé, mourant, il voudrait revoir le sol natal; on le repousse, et il meurt désespéré '.
Cette lamentable histoire, elle est à ce moment celle de milliers de bourgeois et de seigneurs. — Seigneur, Dieu tout puissant, écrit Harant dans son journal, soutiensmoi ainsi que les miens dans cette crise, donne-moi la force et la résignation. — Presque tous, sur cette route douloureuse, saignants d'incurables blessures, séparés des leurs,
I. Dvorjak, deux journaux de Borbonius, p. 20. (Prague 1896).
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incapables de supporter les angoisses de la séparation, se couchèrent et moururent. Ce jour là, note Harant, disparut Jeanne de Chvihov. « C'était une dame bonne, pieuse, qui aimait Dieu et sa vérité ; elle mourut de désespoir à cause de la manière dont on la traitait, elle et son enfant, à cause de la religion ; on l'ensevelit sans funérailles, comme cela se passait alors '. »
De toutes les mesures, les plus cruelles étaient celles qui concernaient les enfants. Les tuteurs remettront leurs pupilles à des catholiques et ne pourront pas les emmener hors du royaume; cette mesure s'applique aux veuves qui refuseront de se convertir ; les jeunes gens sont livrés aux Jésuites, les jeunes filles, dont beaucoup sont très obstinées, sont considérées comme mineures jusqu'à vingtcinq ans, confiées jusque-là à des catholiques et, si elles persistent encore dans leur rébellion, expulsées ".
Depuis 1620, un courant d'émigration emporte chaque année loin du royaume quelques-uns des meilleurs fils du pays. Slavata calcule que i85 familles nobles sont ainsi parties pour l'étranger ; Bilek a dressé une liste de 369 seigneurs ou chevaliers, qui, après 1627, fuient le sol natal. Slavata évalue à 3o,ooo familles le chiffre total des pertes de la Bohême. Ces chiffres sont probablement beaucoup trop faibles et les documents officiels sont effrayants. A Prague, de 162 1 à i63o, 400 bourgeois quittent la ville. Dans la Nouvelle-Cité seulement, 5oo maisons sont abandonnées. Zatets, qui avait 460 bourgeois en 161 8, n'en a plus que 206 dix ans plus tard; à Koutna-Hora sur 600 maisons, 200 sont désertes, et partout c'est le même tableau de misère et d'abandon. Gindely ne pense pas qu'on puisse évaluer à moins de cent mille le nombre total des exilés.
Les écrivains catholiques font remarquer que la ruine des villes eut des causes complexes et qu'il n'est pas juste