‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 46 sur 325 · Bilek, p. i · texte numérisé non relu

Bilek, p. i

LES PAYSANS g3

plaignaient de la sécheresse: vite un pèlerinage; pendant la cérémonie, un orage éclata et les Pères rentrèrent trempés et ravis. « Et malheureusement, le succès de tout cela était maigre, nous dit l'annaliste de la Société. Le peuple dans le secret de son cœur éprouvait du respect pour la Sainte Foi et l'aimait, mais telles étaient les menaces secrètes des hérétiques que bien peu avaient le courage d'avouer leurs sentiments. » — Pauvres Jésuites, qui, en 1624, alors que partout triomphent les armes impériales, sous un suzerain qui doit sa fortune et sa puissance à leur protection, sont ainsi persécutés par ces méchants protestants! — Heureusement que Waldstein prend pitié d'eux : il convoque le Conseil de la cité, prêche l'efficacité souveraine de la religion catholique; d'ailleurs tous ceux qui ne se confesseront pas, seront expulsés. Le lendemain, on lui signale trois conseillers qui ne sont pas venus à la messe : ils sont jetés en prison et, comme le Conseil demeure indocile, on le remplace en bloc. — Les catholiques auront seuls le droit de bourgeoisie, seuls ils pourront exercer des métiers. — Les hérétiques ne cèdent toujours pas. Nouveaux arrêts d'expulsion contre les obstinés; quelques-uns se résignent et partent, la plupart biaisent, réclament des délais, font acte de présence au sermon. — Ils n'yviennent encore qu'assez irrégulièrement : en 1625. on leur ordonne d'assister tous les dimanches au service divin, de chômer les fêtes consacrées, de demander aux prêtres romains la consécration de leurs mariages et d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques.

Waldstein était un politique qui servait la religion, à condition que son zèle ne lui coûtât rien et lui rapportât. Il n'avait aucune illusion sur ses auxiliaires : « Je suis étonné, écrit-il, que les moines de Lipa aient déjà dépensé leurs 2.000 écus ; sans doute, suivant leurs habitudes, ils lesauront mangés avec des vagabonds de toutes sortes et des filles de mauvaise vie. » Il ne voulait pas exaspérer ses paysans, qu'il tenait à conserver, et il était souvent agacé des prétentions insupportables des Jésuites et de leurs ^ impertinences ». II

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eût désiré que l'on renonçât à tracasseries parents, et qu'on se contentât de convertir les enfants. — C'est ce que certains historiens ont appelé la tolérance de Waldstein. Pourquoi pas? Tout est une question de comparaison. Les Jésuites de leur côté n'avaient pas tort de ne pas croire beaucoup à ces procédés à longue portée : dans la ville, à Jitchin, dès que la pression diminue, l'hérésie reprend le dessus; encore en i655, il n'y a que très peu de catholiques. Dans les campagnes, les prêtres ont les mains plus libres : les paysans qui sont convaincus d'avoir assisté à quelque assemblée évangélique, sont roués de coups et jetés en prison; le P. Burnatius, véritable directeur des missions sur ces domaines, fait volontiers appel aux soldats; dans certaines communes, la moitié des terres est abandonnée. Waldstein intervient pour calmer ce zèle qui le ruine : en i63i, le doyen de Friedland écrit à l'archevêque qu'il abandonne ses fonctions parce qu'il n'est pas soutenu par les autorités : au bout de huit ans et malgré tous ses efforts, il n'a réussi à ramener que cinquante bourgeois; parmi les paj^sans son succès a été absolument nul '.

« Les forces humaines, a écrit Reuss ", ne pouvaient aller au-delà de ce que les protestants de Bohême ont supporté. L'énergie de résistance que les hommes puisent dans les convictions les plus sincères et dans la foi la plus entière a ses limites et la force brutale triomphera toujours lorsqu'elle sera employée sans scrupule et systématiquement au service d'idées dominantes et généralement acceptées, n Les communautés protestantes sont peu à peu anémiées par la fuite qui, en dépit des décrets les plus menaçants et d'une surveillance toujours plus attentive, emporte hors du

1. Bilek, Contre-Réformation, p. 143 et sq. — Svoboda, II, p. 61 et sq. — Comparer encore Rohn, Chronik zweier Staedte Friedland und Reichenberg, Prague 1763. — « Cette réforme, heureusement accomplie, on la doit après Dieu au duc de Friedland, qui était un ardent défenseur de la foi catholique, si bien que les habitants s'effrayaient rien qu'à entendre prononcer son nom » (p. 167). Fn i65o, la chronique constate que la majorité des habitants de la frontière de Lusace est encore hérétique. — Leeder. Pour servira l'histoire d'Arnau, Mitihcilungcn, 1874.

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