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royaume les plus énergiques et les plus ardents des hérétiques. Parmi ceux qui répugnent à l'exil, les uns tombent dans une sorte de torpeur hébétée qui préparc en eux de dociles instruments des Jésuites, tandis que chez beaucoup d'autres l'excès de la souffrance provoque une hystérie religieuse qui se traduit par des hallucinations et des prophéties.
A mesure que les pasteurs deviennent plus rares, les visionnaires et les rêveurs se multiplient; les mémoires de cette époque révèlent le trouble qui s'est emparé des âmes, profondément ébranlées, qui s'efforcent par tous les moyens d'échapper à une réalité implacable '. Ce qui inspire le plus fréquemment les prophéties qui courent le pays, c'est un entêtement d'espérance : il n'est pas possible que Dieu ait ainsi abandonné son peuple, il le soumet à une redoutable épreuve ; il le récompensera de sa constance, la vérité l'emportera et les persécuteurs seront frappés. A chaque mouvement au-delà des frontières, un frémissement de joie soulève les âmes, et les gouverneurs redoutent une insurrection '. Souvent aussi, dans un accès de désespoir et de fureur, quelques centaines de paysans courent aux armes, massacrent les seigneurs et les missionnaires ; puis, après cette explosion de colère, les courages tombent ; quelques compagnies de soldats arrivent qui pendent les plus coupables et rançonnent les autres; c'est le moment propice pour les Jésuites qui, à la faveur de la prostration universelle, poussent à la messe tout le troupeau ahuri.
Quelques-unes de ces révoltes serviles, dont la longue et monotone histoire se continue pendant presque tout le
1. Les Mémoires d'Harant de Poizits sont bien curieux à ce point de vue.
2. Carafa, p. 24g. « Dans la Bohème et la Moravie, il y avait beaucoup d'agitation. Les autorités avaient grand peur que les paysans exaspérés par les menaces et la réforme qui dans certains endroits avait été menée avec trop de rigueur, ne prissent les armes ». Le danger fut surtout menaçant de 1625 à 1627, c'est-à-dire au moment de la plus violente poussée catholique (V. la Patrie, 1, p. 8).
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xvii^ siècle, prennent un développement plus menaçant, se mêlent de revendications sociales. En 1628, les insurgés des environs de Kralové-Hradets prennent le nom de ((Messieurs les sectaires ou du quatrième Ordre » '. — En 1629, les habitants du bourg de Rovensko, à la nouvelle que les soldats mandés par le jésuite Burnatius approchent, se barricadent, sonnent le tocsin et, soutenus par les villages voisins forcent les troupes à se retirer. Burnatius qui, à quelque distance attendait le résultat de l'expédition, est surpris au moment où il essayait de se sauver par une porte de derrière et massacré. — Trente-cinq ans plus tard, Balbin fit ouvrir son cercueil, le cadavre avait échappé à la corruption, il appela des Jésuites qui attestèrent le fait : il est fâcheux qu'il n'ait pas convoqué en même temps quelquesuns des hérétiques qui erraient encore dans les environs, mais on ne saurait songer à tout ! — Après ce meurtre, les rebelles s'avancent vers Tournov, et ils inspirent une telle terreur que Waldstein s'enfuit à Prague. Que feront cependant ces laboureurs sans armes contre des murailles et des soldats. Ils sont vite refoulés, on les invite à faire leur soumission, on leur représente les peines auxquels ils s'exposent. — (( Ce que nous avons commencé, nous ne l'abandonnerons pas. Nous combattons pour la liberté. » — Ils furent taillés en pièce et les plus furieux restèrent sur la place, 17 furent condamnés à mort; ils se convertirent et furent graciés, sauf deux qui furent roués". Nous combattons pour la liberté. C'était le dernier cri de la vieille Bohême qui expirait sur la croix. Jusqu'au dernier jour, elle demeurait fidèle à la doctrine de ses conducteurs spirituels qui avait été moins un credo précis qu'un grand espoir d'émancipation. Il n'est guère dans l'histoire de page plus douloureuse et plus sublime que celle de cette résistance acharnée d'un peuple qui souffre et meurt pour conserver le droit de disposer de son âme.