‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 5 sur 325 · Svoboda, La ré/orme catholique, I, p · texte numérisé non relu

Svoboda, La ré/orme catholique, I, p

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émus de cette intransigeance et qu'ils aient surveillé avec une méfiance attentive les menées de leurs ennemis? N'y a-t-il pas quelque inconséquence à affirmer que l'archevêque et les jésuites ne firent rien pour ruiner une charte qui n'avait jamais cessé de leur paraître damnable et qui leur enlevait tout espoir de revanche ? Mathias, malade, usé, médiocre, n'était qu'un instrument misérable, et, tant qu'il fut sur le trône, ils se bornèrent à une guerre de chicane : elle prouvait au moins qu'ils n'avaient pas désarmé et elle suffisait pour empêcher l'apaisement. Puis, ils réussirent à faire élire par la diète, dans une heure de défaillance, Ferdinand de Styrie, leur candidat : il avait fait ses preuves dans ses domaines, où, en quelques années, il avait extirpé la réforme : pourquoi n'appliquerait-il pas sur l'Elbe les mesures qui lui avaient si bien réussi dans les Alpes! — Les protestants devaient-ils attendre dans l'inaction que leurs adversaires eussent terminé leurs préparatifs ! Dans l'Europe entière, les deux partis religieux étaient en présence et à plusieurs reprises des escarmouches isolées avaient annoncé la guerre imminente : au milieu de l'anxiété universelle, les ennemis des Habsbourgs gagnèrent sans peine quelques chefs bohèmes, et les autres, après quelques hésitations, suivirent, parce qu'ils étaient convaincus qu'aucune paix durable n'était possible et que mieux valait prévenir l'attaque. Le défenestration de Prague (23 mai 16184 fut le début de l'insurrection, puis les États refusèrent de reconnaître Ferdinand II et élurent l'Électeur palatin, Frédéric V.

Le conflit avait éclaté entre les États et le roi à propos du droit de construire des églises protestantes sur les domaines ecclésiastiques. La question n'avait en elle-même qu'une importance secondaire ; il n'en est pas autrement dans touTès les"gueiTesl Fincident qui Tes détermine ) V tîré^a gravité de l'ensemble de~ la lîtïïâtion. L'affaire de | ) Braunau et de Klostergrab résumait très nettement le conflit; ce que voulaient en somme les Tchèques, c'était la liberté de conscience et de culte dans tout le royaume et

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c'était elle que repoussaient les catholiques. Des haines personnelles et des intrigues politiques hâtèrent l'insurrection, mais cette insurrection n'eût pas été possible si la majorité des habitants n'eiàt été convaincue, — et avec raison, — que la doctrine de l'Église interdisait aux catholiques de conclure avec les hérétiques une paix sincère et définitive '. La faute des chefs de l'insurrection ne fut pas de devancer leurs adversaires ni même de leur prêter des projets trop sombres de conjuration; elle fut, au contraire, de ne pas comprendre toute la portée de leursdesseins et la véhémence de -leurs passions. Gomme nous sommes incapables de juger les autres autrement que par nous-mêmes, ils mesurèrent à leur taille le fanatisme des catholiques et ils se trompèrent lourdement sur le sens de la partie qu'ils engagaient. Ils s'en allaient gaiem.ent à un duel au premier sang, pendant que leurs ennemis étaient déterminés à n'accorder aucun quartier.

Cette erreur initiale fut fatale aux insurgés. Avant leur prise d'armes, leur imprévoyance ne s'était assuré aucun appui extérieur : la situation de l'Europe leur était peu favorable, la France affaiblie par des querelles intestines et oublieuse des traditions de Henri IV, l'Angleterre gouvernée par un roi timide de cœur et hostile par principe à toute révolte, les protestants d'Allemagne chancelants et divisés ; en face de la formidable coalition que Ferdinand II forma contre eux, — l'Espagne, Rome, la Pologne, Maximilien de Bavière, même l'Électeur luthérien, Jean-Georges de Saxe, — ils n'eurent que quelques alliés de rencontre,

I. Krojherr a essayé de démontrer que la violation des Lettres de Majesté ne fut pour rien dans la révolte et qu'elle eut des causes exclusivement personnelles et politiques {Recueil du cercle historique, iSgS, p. 49). Il établit bien que, depuis longtemps, les Electeurs palatins convoitaient la couronne de Bohême et que les chefs de l'insurrection, entre autres Thurn, organi- . sèrent une véritable conspiration pour entraîner la majorité. Mais ces faits J ne sont pas contestés. Ce qu'il faudrait démontrer, c'est que ces ambitions i n'ont pas été entretenues par la politique intolérante des Habsbourgs, et la Nmasse des nobles, si passive qu'on la suppose, aurait-elle aussi docilement / obéi aux suggestions de quelques chefs, si elle n'avait vécu depuis un dcmi- / siècle dans une atmosphère de détiance et de terreur ?

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de valeur douteuse, qui, au moment décisif, les abandonnèrent. Ils menèrent la campagne mollement, comme une guerre de munificence, dont on se détourne dès que les frais menacent de dépasser les bénéfices attendus. Pendant une longue anarchie, les âmes s'étaient abaissées, les passions égoïstes avaient étouffé l'esprit de discipline et de sacrifice; la bourgeoisie appauvrie et réduite depuis la défaite de l'insurrection de i547 à un^condit]ojT jT^umbl^ et dépendante, avait^perduTïïabitude des armes ; les paysans n'éprouvaient que colère et rancune contre la noblesse dont la main impitoyable les courbaitsur la glèbe. Pour réveil- 1er l'enthousiasme des grands jours de Zizka et de Procope, des mesures révolutionnaires eussent à peine suffi. Personne n'y songea. Les chefs continuèrent leur petit jeu d'intrigues égoïstes et de marchandages mesquins. On remit la défense de la patrie à des mercenaires, dont on ne paya pas même régulièrement la solde; ils se battirent mal, et, le 8 novembre 1620, l'insurrection fut écrasée à la bataille de la Montagne-Blanche, aux portes de Prague.

Cette escarmouche de la Bila-Hora devint un désastre irréparable parce que les vaincus acceptèrent aussitôt l'arrêt du destin. Si Prague eût résisté, la situation de Maximilien de Bavière, qui commandait l'armée victorieuse, fût vite devenue très dangereuse ; les ressources du pays étaient en grande partie intactes, la Hongrie n'était pas soumise et le prince de Transylvanie, Bethlem Gabor, était toujours en armes contre Ferdinand ; il n'était pas posssible aussi que les protestants d'Allemagne ne sortissent pas de leur torpeur, que l'Angleterre ne s'émût pas du sort de Frédéric V, le gendre de son roi ; les Provinces-Unies, le Danemark, la Suède assisteraient-elles indifférentes à la ruine de la Réforme ?

Les rebelles furent victimes de leurs illusions optimistes, se jugèrent protégés par les promesses du roi, les liens de parenté qui les rattachaient à l'aristocratie catholique. Quand ils traitèrent de la capitulation de la ville, ils demandèrent à Maximilien, non seulement une amnistie gêné-

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raie, mais le maintien des libertés religieuses et politiques du pays ; même quand il exigea une soumission absolue et sans condition, le soupçon ne semble pas leur être venu des projets qui se machinaient contre le pays. Ils n'aperçurent le péril que trop tard pour organiser la résistance, et, à ce moment, une sorte de dépression morale avait succédé à l'excitation de la lutte; très peu essayèrent de se \ défendre : les meilleurs ne retrouvèrent de courage que pour mourir. Dans ces crises suprêmes s'éprouve vraiment la force des partis et des peuples; depuis un siècle, la Bohême, minée par un mal profond, descendait lentement vers la tombe ; au premier choc, elle s'effondra.

Les catholiques avaient le champ libre, et leurs plans étaient depuis longtemps arrêtés : ils fouillèrent jusqu'au fond des entrailles du peuple pour lui arracher sa foi; peu s'en fallut que le patient n'en mourût. Les conséquences de la Bila-Hora furent graves pour l'Europe : elle arrêta décidément les progrès du protestantisme et rendit pour un moment aux Habsbourgs leur puissance en Allemagne. Pour la Bohême, elles furent décisives ; saignée à blanc, livrée pour deux siècles au despotisme religieux et politique le plus implacable, elle cessa de figurer au nombre des nations indépendantes et parut oublier jusqu'à son histoire et à sa langue. Nulle part la réaction catholique ne fut aussi violente et aussi longue, parce que nulle part la Réforme n'avait poussé des racines aussi profondes ; nulle part aussi, elle ne fut plus funeste, parce qu'elle fut conduite par des souverains incapables et que leur impéritie et leur imprévoyance accrurent dans des proportions infinies les souffrances et les ruines qu'une réaction aussi radicale eût dans tous les cas entraînées.

La nouvelle de la victoire de la Montagne-Blanche produisit parmi les catholiques une sorte d'ivresse : par un

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