LA THÉORIE ABSOLUTISTE
sifs de la monarchie prouvaient qu'elle n'avait pas pris son parti de sa défaite.
Après la capitulation de Prague en 1620, Maximilien de Bavière envoya à Ferdinand des caisses dans lesquelles il avait enfermé les privilèges du pays. C'était la part de butin du roi et celui-ci était bien résolu d'avance à rendre impossible toute nouvelle tentative de révolte par de profondes réformes constitutionnelles. La plupart des catholiques, assez naturellement, vo3'aient dans ces changements politiques la condition et la garantie de leur victoire religieuse : comment laisser la direction du royaume à des nobles entichés d'hérésie, et qui, avides de vengeance, saisiraient la première occasion pour renouer leur alliance avec les protestants d'Allemagne? Et même en admettant que les néo-catholiques eussent désormais la majorité dans la diète, apporteraient-ils à défendre l'Église la même énergie et la même suite que le roi? Par une progression fatale, il était nécessaire que la liberté politique et l'autonomie nationale fussent supprimées, pour que l'on n'eût pas à craindre une résurrection de la liberté religieuse.
La réaction monarchique ne fut pas très difficile, grâce à l'égoïsme des seigneurs qui, en même temps qu'ils étendaient leurs prérogatives vis-à-vis des princes, avaient soumis les paysans à un très dur servage et réduit les villes à une situation subordonnée; ils avaient perdu par là toute racine dans le pays et, au moment du péril, la masse demeura absolument indiiférente à la ruine des libertés publiques, qui avaient fini par ne plus être que des privilèges personnels. D'ailleurs^ l'opinion était démoralisée par l'excès des souffrances matérielles et par la terreur catholique. Enfin, les Habsbourgs avaient pour eux cette force vague et irrésistible que l'on nomme l'esprit du temps. Les œuvres des philosophes qui, s'ils ne préparent pas l'avenir, sont du moins les témoins autorisés des idées et des désirs de leurs contemporains, permettent de suivre le progrès continu des théories absolutistes
l'influence espagnole io3
qui, depuis l'époque de Louis XI, avaient pris une forme de plus en plus nette et remporté des succès chaque jour plus marqués. Elles avaient trouvé en Espagne leur définition la plus excessive comme leur application la plus rigoureuse et les Habsbourgs de Madrid invitaient leurs cousins de Vienne à conquérir à leur tour « ce patrimoine qui doit appartenir aux Rois ». L'ambassadeur d'Espagne, le comte d'Onate, fut un de ceux qui poussèrent le plus àprement Ferdinand aux mesures extrêmes '. Il était soutenu par les Jésuites, complètement gagnés à cette époque à la doctrine de l'omnipotence monarchique, sans que d'ailleurs il convienne de leur en faire un grief, puisque la plupart des polémistes et des théologiens protestants partagent les mêmes opinions.
Le comte d'Onate, très puissant à la cour, non seulement parce que l'on avait besoin des doublons d'Espagne pour soutenir les hostilités, mais parce que plusieurs des ministres impériaux recevaient des pensions des rois Catholiques % s'était d'autre part créé quelques ennemis par sa hauteur et ses principes soulevaient d'assez vives répugnances ; il recommande lui-même à son successeur de ne pas intervenir trop directement, « parce que en Autriche le pouvoir absolu des rois et l'obéissance complète de tous les vassaux sont en abomination à tous ». Si pour le moment l'ambition et le fanatisme étouffaient chez Slavata tout sentiment national, quelques autres seigneurs tchèques désiraient et espéraient maintenir dans une assez large mesure les privilèges des Etats : Martinits, Sternberg, et avec plus de fermeté encore le grand chanchelier Lobkovits, sans nier la nécessité de quelques modifications, contestaient l'utilité et la légalité d'un changement radical. Leur opposition timide et détournée n'arrêta pas
1 . Rapport des ambassadeurs vénitiens, dans les Fontes rerum aiistriacani>7i,t. XXIX, pp. 108-109.
2. Ainsi Eggenberg, le principal confident de Ferdinand II, que les largesses fantastiques de son souverain auraient dû cependant mettre à l'abri de la tentation. C'est par ces moyens qu'Onate était devenu le véritable dictateur de l'Allemagne (Kalousek, le droit d'état, p. 398.)