‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 57 sur 325 · I08 LA CONSTITUTION DE · texte numérisé non relu

I08 LA CONSTITUTION DE

Leurs arguments sont à mon sens entachés d'un vice essentiel, ils sont juridiques et non historiques, ils sont tirés de la critique verbale des textes, et non d'une étude de la situation. Personnene conteste que la constitution de 1G27 nefût une constitution octroyée, et il n'est pas très facile de comprendre comment d'une constitution octroyée peut sortir un contrat synallagmatique ? A qui, en pareil cas, appartient l'interprétation, quand le texte est obscur? Je ne vois pas en fait que Ferdinand lui-même ait hésité, quand il le jugea utile, à violer les privilèges qu'il avait le plus nettement reconnus aux États, et ses successeurs, quand ils s'adressèrent aux diètes pour faire confirmer leurs décisions en matière constitutionnelle, n'y cherchèrent qu'un supplément d'autorité et un luxe de précaution.

Il est certain, en revanche, que l'interprétation des historiens tchèques remonte au lendemain même de la promulgation de la Charte de 1627. En Moravie, où la noblesse avait été moins décimée et se résignait moins aisément au despotisme, la diète obtint de Ferdinand II lui-même une confirmation de ses privilèges, plus précise et plus générale que celle qu'il avait accordée à la Bohême. Un peu plus tard, à Prague, les États, dès qu'ils se furent relevés de leur prostration, proclamèrent l'inviolabilité de leurs privilèges et ils réussirent à créer une tradition qui, fondée ou non sur les textes, n'en eut pas moins une action très réelle sur la vie politique du pays. Elle prouvait en effet que les habitudes de liberté étaient encore vivaces et, pour en triompher, la monarchie dut s'y reprendre à plusieurs fois ; ainsi que Tomek l'a remarqué très justement, les institutions aristocratiques sont les plus difficiles à détruire, parce qu'elles sont indissolublement rattachées à des inté-

l'opinion de Tomek, les diètes tchèques, p. 4. On trouvera les principaux argumcnls dans Toman, p. 35. — Gindely, qui ne partage pas Topinion des juristes tchèques, admet cependant une partie de leurs raisons. Une entre autres est très forte : quelques jours après la promulgation de la constitution, Ferdinand contirma les anciens privilèges du royaume, « en tant qu'ils n'étaient pas contraires à la nouvelle charte » ; il s'interdisait par là le droit de modifier celle-ci. •

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