LES TRADITIONS FEODALES
rôts personnels qui survivent aux catastrophes les plus dramatiques. La langue du xvii^ siècle, avec ses longues et complexes périodes, l'enchevêtrement de ses incidentes et l'hésitation de ses formules, se prêtait à merveille à ces revendications; elle fournissait aux vaincus le moyen ou le prétexte de rouvrir les débats, dès que les circonstances leur redevenaient favorables.
Ferdinand II avait eu sans aucun doute la volonté d'établir la monarchie absolue : trop médiocre pour réaliser son plan, il ne réussit même pas à formuler nettement sa pensée. Au moment où il prétendait enlever aux diètes tout pouvoir politique, il leur abandonna une partie importante de l'administration et il laissa ainsi aux seigneurs une voie d'appel contre la déchéance dont il les frappait. Même après Philippe II, les théories absolutistes qui ne trouvèrent leur formule définitive qu'avec Hobbes, — en même temps que Louis XIV leur apportait le prestige de son exemple, — n'avaient pas complètement eftacé les anciennes doctrines juridiques et leurs adeptes les plus convaincus admettaient certains ménagements ; en Autriche en particulier, les souvenirs féodaux balancèrent longtemps l'influence des idées occidentales, et les souverains, satisfaits d'avoir proclamé leur omnipotence, laissèrent aux diètes une autorité assez étendue pour que la puissance monarchique, absolue en principe, fût sérieusement limitée dans son action ; même quand elles eurent perdu presque toute influence, elles eurent l'avantage de subsister jusqu'au moment où de nouvelles classes sociales entrèrent en ligne et les relevèrent de leur faction.
C'est un fait dont il ne convient ni d'exagérer ni de nier l'importance. Adversus hostem feterna auctoritas : il n'y a pas de prescription contre le droit. Que Ferdinand eût purement et simplement supprimé les diètes, les petits neveux des martyrs n'auraient pas été pour cela déchus de leurs droits, de même que tous les traités qui ont sanctionné le partage de la Pologne perdraient leur valeur du jour où une combinaison poli-