‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 68 sur 325 · LES DEBUTS DE WALDSTEIN I2D · texte numérisé non relu

LES DEBUTS DE WALDSTEIN I2D

n'est pas possible d'établir la part de la vérité et celle de l'imagination populaire, nous le dépeignent tout enfant comme brusque, hautain, violent. — Tu n'es pas prince, lui aurait dit un jour son oncle. — J'espère le devenir '. L'éducation qu'il reçut, décousue et flottante, n'était nullement propre à dompter ses impulsions fougueuses ; orphelin de bonne heure, il grandit un peu au hasard sous la direction vague de tuteurs qui n'avaient ni les mêmes tendances ni la même foi ; il eut ainsi pour maîtres tour à tour des Luthériens, des frères de l'Unité et des Jésuites. Comme beaucoup de ses contemporains, il ne retint des polémiques qui avaient ennuyé sa jeunesse qu'une indifférence dogmatique et religieuse absolue; cela ne suffit pas pour faire de lui, comme on l'a voulu, un défenseur de la tolérance : les pires persécuteurs sont ceux qui ont tué en eux-mêmes la conscience. Sans autre culte que la fatalité, indifférent à tout sentiment moral, Waldstein broyait sans pitié les imbéciles qui avaient la sottise d'attacher quelque prix à leurs convictions : il n'est pas évident qu'un bourreau mérite plus de sympathie parce qu'il ne prend pas au sérieux le culte qu'il impose. Il mène la vie tumultueuse des étudiants d'alors, réussit à se faire renvoyer de l'Université d'Altdorf, près de Nuremberg, où, la nuit, le recteur ivre se colletait avec les élèves. Avant qu'il arrivât aux plus hautes fonctions, écrira Slavata, on l'appelait l'enragé Waldstein ; le trait a été relevé par les historiens qui voient en lui un défenseur de l'Allemagne contre l'invasion étrangère et presque un précurseur de Bismarck. Kepler, trop grand astronome pour croire à l'astrologie, — mais il faut bien vivre, — lui tire son horoscope : son esprit inquiet recherchait des voies nouvelles et n'aimait pas se régler par les coutumes et les

Dvorsky, Albert de Waldstein jusqu'à la fin de l'année 162 1 (Prague, 1892). Dvorsky connaît merveilleusement le xvii' siècle et son érudition est très sûre.

I. La famille de Waldstein n'était pas très riche, mais on a beaucoup exagéré en parlant de gène.

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