Tome I
l8 LES VAINQUEURS
cosmopolite qui allait s'abattre sur le pays, était accouru un des premiers à Vienne après la bataille pour s'assurer une large part de butin ; ancien compagnon tailleur, puis laquais et espion, il était entré dans l'armée; brave, il devait pourtant son avancement rapide moins à son courage qu'à son esprit d'intrigue et à sa robuste encolure qui lui avait valu les bonnes grâces d'une comtesse Kolovrat, il ne parlait que « de tout massacrer sans distinction, afin que de ce peuple infidèle et hérétique il ne restât pas même les os ' ». L'ambassadeur d'Espagne, Oîîate, très écouté, parce qu'on avait besoin des doublons d'Amérique, rappelait comment les révoltes de Catalogne et d'Aragon avaient permis aux rois catholiques d'établir solidement leur autorité : « avec quarante mille hommes de bonne milice espagnole, auxquels on joindrait la cavalerie légère de Pologne, on extirperait radicalement cette nation perfide qui a si longtemps outragé la Majesté impériale. » Le duc de Bavière, Maximilien, d'habitude plus modéré, et qui n'avait aucun goût pour les moyens violents, cédait lui-même au courant. Sa lettre au pape a des accents de fanfare : « Le Seigneur tout puissant a jeté sur son Église un regard favorable, vaincu ses ennemis et brisé leur puissance. J'ai été présent à la bataille et j'y ai pris part, mais c'est Dieu qui a vaincu et c'est à lui qu'en revient tout l'honneur. » Ne serait-ce pas se montrer indigne de sa faveur que de témoigner aux vaincus une lâche commisération? Il invitait Ferdinand à abolir les privilèges qui avaient facilité la révolte et à « supprimer les chefs » ; surtout qu'il ne se gênât pas pour lui et qu'il ne tînt aucun compte de ses « intercessions » ; il ne lui avait pas été possible de les refuser aux supplications des États, mais elles n'engageaiant pas le souverain '.
Autour du roi, des conseils plus modérés parurent d'abord prévaloir. Les premiers mémoires qui lui furent