Gindely, Gegenre/ormation, p
présentés sur la question, indiquent simplement la pensée de reprendre la politique interrompue par l'insurrection : on restreindra les privilèges des protestants, on écartera les sectes extrêmes ; le but dernier est bien toujours la restauration de l'unité catholique, mais on ne l'entrevoit que dans un recul lointain et vague. Cette politique d'expectative n'eût pas déplu à Ferdinand. Il avait un fonds de bienveillance naturelle qui répugnait aux exécutions, et sa paresse d'esprit était trop complète pour qu'il y eût en lui l'étoffe d'un apôtre. Sa responsabilité était si limitée qu'on hésite presque à le condamner, et il nous apparaît surtout comme un exemple effrayant de la déformation imprimée à un caractère médiocre et à une intelligence somnolente par une éducation trop vigoureuse et trop étroite. Ses maîtres, les Jésuites, s'étaient vite aperçus qu'ils n'en feraient janjaisun grand souverain, ils l'avaient rompu à l'obéissance ; ils lui avaient appris que la vie n'est qu'une préparation au ciel, qu'une seule chose importe, le salut de son âme, et que le meilleur moyen d'éviter toute chance d'une terrible surprise après sa mort, est de s'en remettre à la direction de son confesseur. Sur cette nature sans défense, leur méthode avait produit des résultats merveilleux. Ce petit homme roux, rubicond, souriant, bedonnant, buvant peu, parlant peu, pensant peu, n'a rien qui rappelle la volonté vigoureuse ou la passion concentrée d'un Ferdinand P*" et d'un Philippe II. Ses vertus sont celles d'un moine et ses panégyriques tournent à l'hagiographie : jamais il n'a fixé ses yeux avec plaisir sur une femme ; chaque jour, aussitôt après son lever, il entend deux messes dans sa chapelle ; les dimanches et les jours de fêtes, il assiste à la grand'messe, au sermon, aux vêpres, communie toutes les semaines ; il aime à partager le repas des capucins et des jésuites, écoute leurs pieuses lectures, s'agenouille avec eux ; pendant la chasse, une de ses passions avec la musique, il s'arrête pour examiner l'état de sa conscience, et à la moindre inquiétude, il court au tribunal de la pénitence.
lia la volonté de remplir consciencieusement ses devoirs de souverain, préside des conseils, lit des rapports, et il acquiert à la longue une certaine connaissance des affaires, mais elles ne l'intéressent pas ; dans les moments les plus graves, après s'être tant bien que mal acquitté de sa tâche, il oublie les dangers de la situation ; ce n'est pas sa cause qui est en jeu, c'est celle de Dieu et c'est à Dieu seul qu'il appartient de la faire triompher. Il vit dans une béatitude fataliste qui n'est pas sans grandeur et qui le protège contre les défaillances et l'orgueil; menacé dans Vienne par ses sujets révoltés, presque sans asile, l'idée ne lui vient même pas, pour échapper à la ruine, de transiger avec la révolte, et ses victoires ne lui causent qu'une satisfaction paisible. « Seigneur, disait-il volontiers, si ta gloire et rnon salut veulent que je devienne puissant, élève-moi et je te glorifierai ; s'ils exigent que je demeure dans la situation où je me trouve, soutiens-moi et je te glorifierai ; s'ils demandent que je sois chassé, humilie-moi et je te glorifierai '. )> Déclaration très sincère et que confirme toute l'histoire de sa vie. « Il mérita la faveur divine, écrit Carafa, par sa grande piété et son ardeur fervente pour la propagation de la foi catholique, aussi fut-il porté à un degré de puissance et d'autorité où aucun de ses prédécesseurs n'était parvenu jusqu'alors. Par les victoires de ses capitaines, il a véritablement ramené à sa domination l'Autriche, la Hongrie, la Moravie, la Bohême. Il est permis d'espérer qu'après avoir assuré la tranquillité en Allemagne, il tournera son armée contre les Turcs et unira l'empire d'Orient et d'Occident ». — Ces merveilleuses perspectives le laissent froid et quand il est obligé d'y renoncer, une seule chose le préoccupe, c'est de savoir si ses concessions ne le mettent pas en état de péché.
Il n'a pas de haine contre les hérétiques : — « Dieu m'est témoin que je voudrais assurer leur salut même au prix de ma vie. Si je savais que ma mort pût les affranchir de