‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 73 sur 325 · LA FORTUNE DE WALDSTEIN I · texte numérisé non relu

LA FORTUNE DE WALDSTEIN I

était nommé prince de l'Empire et recevait des privilèges si étendus qu'il exerçait vraiment sur ses domaines une autorité souveraine sous la lointaine et faible suzeraineté du roi.

Ce fataliste, dont il n'est pas bien sûr qu'il ait été chrétien, aurait peut-être volontiers laissé chacun honorer à sa guise le Dieu qu'il avait choisi, mais il tenait pour incontestable que les sujets doivent suivre la religion du maître, si celui-ci a quelque intérêt à la leur imposer. « Les commissaires de réformation ont fini leur besogne (dans les environs), écrit aux bourgeois d'Arnau son représentant, Gérard de Taxis, et, par suite des bonnes dispositions des habitants, les soldats n'y ont plus rien à faire; chez vous au contraire, on ne rencontre aucune bonne volonté et il faut recourir à la force; je vous ordonne donc de prendre une résolution définitive et de me dire si la semaine prochaine vous voulez tous vous convertir certainement et sans faute. Dans le cas où vous ne vous convertiriez pas, je vous enverrais immédiatement les soldats; vous aurez à vous décider sur ce point. » Le Conseil promet d'obéir, on était à la mi-février; Taxis l'invite alors à se préparer pendant le carême à la confession et à la communion qui auront lieu à Pâques '. Cette propagande expéditive plaisait au général, à condition bien entendu que ses intérêts matériels n'en souffrissent pas. Ce qu'il voulait avant tout, c'est que ses revenus rentrassent régulièrement, et les Jésuites avaient éprouvé déjà en Moravie que son zèle religieux avait des limites assez étroites: de là, peut-être, l'attitude plus réservée qu'ils adoptèrent bientôt vis-à-vis de lui et qui se changea en haine vigoureuse à mesure qu'il se dégagea toujours plus franchement de ses relations monastiques. Il s'était servi de la Compagnie, il ne s'était pas livré à elle; de toutes les fautes, c'est celle que la Société pardonne le moins.

Ce pillard avait un instinct naturel de l'ordre et de la

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