Tome I. ■ Q
l3o WALDSTEIN GÉNÉRALISSIME
régularité : certaines de ses lettres aux ministres de Ferdinand rappellent celles de Bonaparte au Directoire : — « Nos envoyés nous ont rapporté, écrivent les habitants de Most (Briix), que Waldstein est un seigneur très bienveillant, mais raide et qui ne plaisante pas; il faut que ce qu'il a dans l'esprit se réalise et il ne rabat rien '. » Incapable de pitié, il souffrait de voir gaspiller les ressources du pays; le coulage et l'incurie l'exaspéraient. — « Soyez persuadé que le peuple se soulèvera plutôt à la suite des pillages des soldats qu'à cause des contributions régulières. Mais Basta! j'ai fait mon devoir : si des troubles éclatent, ce ne sera pas ma faute. » Il commençait à éprouver un mépris profond pour le souverain dont l'indifférence et la sottise ruinaient bénévolement le pays.
Il avait le sens du détail, s'occupait pendant ses expéditions de ses poulets et envoyait à Taxis des instructions pour l'élève des veaux et des poulains, il favorisait l'industrie, faisait de son domaine une immense manufacture de fournitures militaires qu'il vendait à l'Empereur à bon prix. Son ambition se sentait dès lors à l'étroit dans le duché de Friedland ^; la guerre de Danemark lui ouvrit de plus larges perspectives. Du jour où il avait été nommé généralissime des armées impériales (7 avril 1625), il avait été suspect à la Ligue catholique et à Maximilien qui flairèrent aussitôt en lui un rival et peut-être un usurpateur. Il ne fit certes rien pour les rassurer. Môme à ce moment-là et au milieu de l'anarchie universelle, la masse de la population demeurait timide, attachée au sol, et la matière militaire était loin d'être inépuisable. Waldstein ménageait beaucoup ses condottieri qu'il n'était pas très facile de remplacer; il n'avait que des qualités militaires moyennes, bon organisateur, médiocre tacticien; non seulement on ne saurait le comparer à Gustave-Adolphe, mais il était
1. Le livre de Gindely, Waldstein wahrend seines ersten Generalats, Prague, 1886, est un réquisitoire, mais les apologies d'Halhvich frisent souvent le ridicule.