Tome I. Il
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pensée se maintenait une volonté de traliison, qu'il ajournait sans cesse, qu'il n'oubliait jamais.
Il était fort vraisemblable qu'il finirait par être entraîné par cette idée obsédante qu'il écartait d'une main toujours plus molle, mais il était plus vraisemblable encore que, quand il se résoudrait enfin à brûler ses vaisseaux, il serait trop tard. Car enfin, quand on pense à surprendre un ennemi, encore est-il prudent de ne pas l'avertir trop bruyamment, et si l'on veut pouvoir trouver des alliés, il convient de ne pas mettre leur patience à de trop dures épreuves. Avec une clairvoyance moyenne, il eût aperçu dès lors combien son crédit était affaibli. Arnim n'apportait plus aux négociations qu'un scepticisme mal dissimulé ; Bernard de Saxe-Weimar et les Suédois étaient plus froids encore. — « Le parturiunt ne me sortira pas de l'esprit tant que je n'aurai pas vu l'enfant, écrit un des initiés; si ce n'est pas un ridiculus mus, plaise à Dieu que ce ne soit pas un serpens in sinu » (4 oct. i633). — Seuls les émigrés tchèques, après une heure de découragement, étaient revenus à des sentiments moins hostiles et se portaient caution de la bonne foi du duc; leur joie s'étalait bruyamment : « C'est le commun bruit dont tout le monde parle » ; des paris importants s'engageaient à Hambourg sur la défection du général. Ces bruits en euxmêmes ne sauraient évidemment rien prouver contre Waldstein; ils indiquent seulement qu'à ce moment encore le monde politique regardait toujours comme ouverte la question bohème.
Comment la cour de Vienne n'aurait-elle pas connu tous ces racontarsPChaque jour lui arrivaient déplus les plaintes deMaximilien de Bavière qui sollicitait en vain des secours de Waldstein. Il est possible que les récriminations de l'Electeur ne fussent pas toutes justifiées ; elles étaient de nature à faire une profonde impression sur les esprits. Un an s'était écoulé depuis Lutzen et, pendant que Waldstein usait sans gloire et sans profit la meilleure armée impériale, les places qui couvraient l'Alsace et la Bavière suc-
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combaient l'une après Tautre. Brisach était en grand danger, et le généralissime, dans ses instructions à ses lieutenants, les condamnait à l'inaction; ce patriote à l'épiderme si délicat quand il s'agissait des Espagnols, faisait le jeu des Suédois et des Français pour satisfaire sa haine contre Maximilien ! Ses intentions furent-elles cependant modifiées par la mort de Holk, un de ses lieutenants les plus sûrs, ou recula-t-il devant la perspective d'une résolution immédiate à laquelle il allait se trouver acculé, s'il persistait dans son inaction? Un succès, en déconcertant ses accusateurs, lui rendrait cette liberté d'allures à laquelle il tenait par-dessus tout. Il rompit les négociations, se jeta sur les Suédois à Steinau et les força à capituler (lo octobre i633). L'effet à Vienne fut médiocre, surtout quand on le vit reprendre immédiatement ses pourparlers avec Arnim, et la catastrophe de Ratisbonne que Bernard de Saxe Weimar occupa le 14 novembre, déchaîna de nouveau toutes les colères.
C'était un coup terrible pour la cause de l'Empereur; la Bavière et l'Autriche étaient ouvertes aux ennemis, et, en admettant même que Waldstein n'eût pas volontairement favorisé les projets de Bernard de Saxe-Weimar, il n'en demeurait pas moins qu'il s'était lourdement trompé dans ses prévisions, qu'il s'était refusé avec un entêtement puéril à reconnaître le danger qu'on lui signalait, et sa responsabilité s'aggravait de toutes ses tergiversations antérieures. Quand, après des déclarations pompeuses de revanche, il retourna piteusement prendre ses quartiers d'hiver en Bohême, personne ne se demanda si sa retraite n'était pas justifiée par des raisons militaires sérieuses; il avait entassé trop de mensonges, provoqué trop de soupçons, trop joué avec des pensées de trahison, auxquelles il ne s'était peutêtre encore jamais complètement livré, mais qu'il avait certainement acceptées, caressées, reprises ; ses actes ne pouvaient désormais qu'être interprétés dans le sens le plus défavorable. Il le sentait et ne cherchait plus guère une réconciliation sincère avec la cour, parce que, non sans