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raison, il jugeait désormais impossible de la ramener; il avait pris son parti, autant au moins que cet esprit fumeux et cette âme fantasque, incertaine et violente, étaient capables de décision.
Ses généraux avaient percé à jour ses intentions : « Son Altesse, écrit Piccolomini à Gallas, veut la paix à tout prix; elle craint que, devenue suspecte, on ne prenne quelque résolution contre elle, d'autant plus qu'elle a plus que jamais en tête les choses de Schweidnitz qui la plongent dans une mélancolie et une douleur extrêmes '. » L'Empereur, comme pour lui ouvrir une dernière fois la voie du repentir, lui indiquait avec une discrétion qui n'excluait pas la clarté, qu'il était averti des dispositions peu loyales que conservait une partie de l'oligarchie tchèque; il lui rappelait qu'il avait promis aux États de ne plus leur imposer la charge d'entretenir l'armée impériale pendant l'hiver : « Si nous agissions maintenant contrairement à notre parole royale, ce serait une cause de découragement et de désespoir, et cela créerait aussi un danger, parce qu'il ne manque pas dans le pays de gens dont les sentiments ne sont pas précisément sains et qui s'imagineraient que nous voulons fouler aux pieds leurs libertés. » Si après ces paroles Waldstein s'obstinait dans son inaction, n'avouerait-il pas par cela même qu'il faisait bon marché des intérêts du roi?
Le 9 décembre i633, la cour chargea Trauttmansdorf de transmettre au duc l'ordre formel de marcher contre Bernard de Saxe-Weimar. Le général convoqua aussitôt ses officiers supérieurs, et après leur avoir communiqué les instructions de Vienne, en obtint une déclaration dans laquelle ils affirmaient qu'elles étaient inexécutables. Il est difficile de ne pas voir là un commencement de révolte ouverte. Sans doute, on ne saurait contester à un général en chef le droit d'apprécier l'utilité des mesures qu'on lui impose et Waldstein était de plus couvert par les promesses
I. Hœfler, Œsterr. Revue, 1867. p. 63. Cité par Pékarj, p. 377.
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spéciales qu'il avait reçues et qui lui garantissaient la libre disposition de son armée ; mais la précaution qu'il prenait de s'assurer la connivence des officiers et les termes menaçants de leur résolution ne sauraient désormais laisser aucun doute sur ses intentions dernières et ce n'est pas de cette façon qu'un sujet loyal présente ses objections à son souverain '.
Waldstein comptait sur les partisans qu'il avait conservés à Vienne et sur les timidités de Ferdinand pour avoir le temps de se mettre en défense. Le 20 décembre, Trtchka écrit à Guillaume Kinsky de venir au plus vite avec Arnim ou le duc François-Albert de Saxe-Lauenbourg qui avait été déjà mêlé à ces intrigues : Waldstein est maintenant résolu à traiter non seulement avec les deux Électeurs de Saxe et de Brandebourg, mais avec les Suédois et les Français; dans une quinzaine de jours, il aura complètement rassemblé son armée et il sera alors en mesure de commencer sérieusement l'affaire; si on négligeait une semblable occasion, on ne la retrouverait pas pendant des siècles; beaucoup de bien peut être exécuté cet hiver ". — Dès le 27, Kinsky lui-même écrit à Thurn qu'il sait de façon précise et sûre que la personne en question est décidée à consentir à « tout ce que nous désirions » 3. Il revient à la
1. Trauttmansdorf avait la mission de décider Waldstein, s'il ne croyait pas pouvoir obéir, à confier l'armée à un autre général. Ferdinand traçait ainsi très nettement son devoir au duc.
2. Gœdeke, p, 214. La lettre de Trtchka ne saurait être expliquée par la patente du 24 janvier qui relevait Waldstein de son commandement, et que celui-ci ne pouvait pas connaître. Il est vrai que cette déposition était facile à prévoir, mais comment expliquer les actes antérieurs qui l'avaient rendue inévitable? On est tenté d'admettre avec Pékarj que le général avait volontairement poussé à bout Ferdinand, afin d'avoir un prétexte pour justifier sa défection vis-à-vis des soldats et entraîner ainsi ceux dont l'adhésion lui semblait douteuse.
3. Hildebrand, n° 67. Il écrit dans le même sens à l'envoyé français. Kinsky avait-il été autorisé par Waldstein à ces déclarations, qui impliquaient l'acceptation de la couronne de Bohème .-'Quelques historiens ont élevé des doutes sur ce point, mais ils me paraissent inadmissibles : quelle eût été en efïet la situation de Kinsky et dans quel but se serait-il exposé à être désavoué ? Nous savons de plus que Waldstein avait écrit lui-môme à Kinsky et quand on connaît ses habitudes de prudence méticuleuse, ce seul fait est décisif.
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charge le 3 janvier : « Si nous ne le faisons pas exprès, nous tenons le succès! Que Votre Excellence travaille au bien de la patrie ' ! » II partit en hâte pour Plzein, avec sa femme, Raschin~~et un autre émigré tchèque, Schlieff.
Waldstein avait chargé un de. ses lieutenants les plus sûrs, Illov, de préparer les officiers aux mesures extrêmes. Celui-ci fit un tableau très sombre et très inexact des inimitiés qui poursuivaient le duc: il était dégoûté et découragé, tout prêt à se retirer. Les colonels s'effrayèrent : ne seraient-ils pas entraînés dans la disgrâce du duc? et leurs créances sur la cour, qui leur en garantirait le recouvrement? — Une députation nombreuse se rendit auprès de Waldstein, lui arracha la promesse de rester à leur tête ; en retour il leur demanda « de lui demeurer attachés tant qu'il serait au service de Sa Majesté et qu'elle le maintiendrait à la tête de son armée ». Le 12 janvier 1634, un banquet fut organisé dans la maison d'Illov et quand les têtes furent échauffées par le vin, on présenta aux officiers un engagement dans lequel ils promettaient de ne pas se séparer du duc, de verser pour lui et pour le bien de l'armée jusqu'à la dernière goutte de leur sang et de considérer comme traîtres tous ceux qui l'abandonneraient. Presque tous les convives étaient ivres ; quelques-uns cependant s'étonnèrent de ne pas retrouver la réserve que contenait le texte primitif en faveur des droits du souverain. Illov répondit à leurs protestations par des récriminations contre Ferdinand ; Trtchka tira son épée et menaça de transpercer tous les ennemis du général; quelques officiers l'applaudirent bruyamment, brisèrent les chaises, les tables et les fenêtres; tous les convives donnèrent leur adhésion, même ceux qui, comme Ottavio Piccolomini, Gordon et Butler étaient déjà résolus à soutenir la cour.
Ces nouvelles emportèrent les dernières indécisions de l'Empereur, et, le 24 janvier, il signa un décret qui relevait l'armée de son serment de fidélité à Waldstein et en con-
i.lcl, n" 56.