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fiait le commandement à Gallas; il ne fut communiqué qu'aux quelques personnes dont le dévouement était connu. Même dans cette situation désespérée et bien que le peu d'empressement que rencontraient ses propositions eussent dii lui démontrer la nécessité de dissiper toutes les défiances, Waldstein ne s'expliquait pas franchement vis-à-vis des émigrés. Voulait-il plaire à Arnim dont il connaissait la modération et que des desseins révolutionnaires auraient effrayé, ou craignait-il de susciter les résistances de ses soldats, s'il exigeait d'eux qu'ils se réunissent aux Suédois, leurs ennemis détestés? Il est plus vraisemblable qu'il comptait encore sur un assez long délai et que ses habitudes invétérées de finasserie et de réticence avaient étoutfé chez lui l'énergie de la volonté. — Il affirmait toujours qu'il était prêt à se séparer de l'Empereur, mais quelles étaient les conditions de la paix qu'il proclamerait, et quelle part de butin exigerait-il ? Sur tous ces points essentiels, il était impossible de lui arracher une réponse précise. Il ouvrait ainsi la porte aux plus graves soupçons et gaspillait ses dernières chances de salut.
Arnim ne désirait nullement le succès du plan de Waldstein qui aurait laissé l'Empereur sans ressources et livré l'Allemagne à la Suède et à la France, pour le plus grand dommage des modérés qui se groupaient autour de la Saxe et qui voulaient arrêter la réaction catholique, sans trop affaiblir les Habsbourgs. Il conseilla, tout en ne repoussant pas les offres du duc, de ne s'avancer qu'avec la plus extrême prudence et, comme en i63i, il s'attacha à le parah'ser et à le détourner d'une rupture ouverte. Il eût voulu que les négociations engagées avec Waldstein se continuassent publiquement de manière à leur enlever tout caractère suspect et à permettre une réconciliation du général et du roi ; il lui écrivait pour le mettre en garde contre « toute machination dangereuse » ; il déployait toute son habileté pour maintenir dans l'inaction Jean- Georges, qui n'avait déjà qu'une très médiocre sympathie pour Waldstein et qui, abruti par l'alcool (rex cere-
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visarius), était incapable de toute réflexion personnelle.
Kinsky et Trtckha se désolaient de ces lenteurs et ils suppliaient Bernard de se hâter. — « Comme il y a un Dieu, nous avons la paix dans nos mains », lui faisait dire Trtchka. — « Le duc, ajoutait Kinsky, sera roi des Romains et roi de Bohême; il rendra aux habitants toutes leurs libertés et après sa mort ils seront libres de se choisir un roi '. » Ainsi persistaient toujours, en dépit des supplices et des défaites, des pensées d'indépendance et de république, sous la seule forme où l'oligarchie pût alors les concevoir; ce seront ces mêmes aspirations qui pousseront, un siècle plus tard, une partie de la noblesse tchèque à se grouper auprès de l'Électeur de Bavière, l'Empereur Charles VII, et elles revivront atténuées et adoucies, reconnaissables pourtant encore, à notre époque avec les Clam-Martinits et les Charles Schwarzenberg. — « C'est fini avec la maison d'Autriche, disait le vieux Trtckha au comte Vrzésovets » ; tous les détails étaient arrêtés ; le roi de Pologne serait le successeur de Waldstein; Trtchka avait dressé son lot, son fils aurait en Moravie les domaines du cardinal Dietrichstein, lui-même recevrait le pays de Glatz, et il s'étendait avec complaisance sur ses futurs revenus et sur la vaste étendue de ses domaines en perspective. — Étrange mixture de cupidité égoïste et de patriotisme, qui peint bien l'oligarchie féodale de la Bohême à cette époque, hautaine et frivole, jouant avec la même légèreté sa vie et les destinées du pays, conservant au cœur, même dans ses pires égarements, un culte passionné pour l'honneur du royaume et la gloire des ancêtres. L'histoire, qui a le devoir de les condamner, ne saurait se défendre d'une S3mipathie mélancolique pour ces héros à la polonaise.
On s'adressait, en même temps qu'aux Suédois, aux Français, et Kinsky expédiait à l'envoyé de Richelieu, Feuquièrcs, un messager avec un passe-port pour Témissaire