LA CONSPIRATION DE PLZEIN
qu'on attendait à Plzein. Le duc s'excusait de ses longues hésitations sur les craintes que lui avait jusqu'alors causées la fidélité de son armée ; maintenant, il était sûr d'elle, l'heure était venue. — Or, à ce moment môme, quelques généraux, Gallas, Aldringen et Piccolomini, qu'il n'eût pas été impossible de gagner et dont les scrupules s'étaient réveillés en présence de la conduite décousue et flottante de leur chef, organisaient contre lui une contre-conspiration et s'entendaient avec la cour. Ferdinand leur laissa toute liberté d'action. Il n'était nullement partisan des mesures les plus rigoureuses : peut-être avait-il une vague conscience de la lourde responsabilité qui pesait sur lui. N'avait-il pas été le premier coupable, quand il avait en quelque sorte remis sa couronne entre les mains d'un généralissime et l'avait comme invité à toutes les usurpations! Les ménagements qu'il eût volontiers gardés risquaient cependant de paralyser l'action des ennemis du duc. La partie était grosse à jouer : le prestige du général, très atteint chez les officiers supérieurs par ses dernières expéditions, demeurait puissant sur les soldats ; le comte d'Onate, l'ambassadeur d'Espagne, qui n'avait admis que très tard la trahison du duc, mais qui, depuis que sa conviction était faite, réclamait des résolutions radicales, insista pour qu'on laissât aux partisans de la cour une complète liberté, et Ferdinand, après de cruelles insomnies, signa l'ordre « de s'emparer du généralissime en l'arrêtant ou en le tuant ' ».
Waldstein, dont les préparatifs n'étaient pas terminés, eut la pensée de rendre quelque crédit à ceux de ses défenseurs qui ne l'avaient abandonné qu'à la dernière extrémité ; il réunit de nouveau ses principaux officiers et protesta contre l'interprétation qu'on avait donnée du revers qu'il leur avait demandé. — Cette reculade, qui n'eut aucun effet à Vienne, jeta le trouble dans l'âme de beau-
I. Nous ne connaissons pas la date de cet ordre que rapporte une lettre d'Aldringen à Piccolomini. Irmer, 111, 216.