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LA CONSPIRATION DE PLZEIN I7I

compter sur lui. — Les réponses que le duc recevait d'Oxenstiern n'étaient pas beaucoup plus favorables : le Chancelier, avant de rien faire, exigeait des gages. Richelieu, moins bien instruit des précédents, était aussi plus accessible, et Feuquières se disposait à envo3'er à Plzein M. de Boderie avec de pleins pouvoirs ; seulement, la France était trop éloignée pour que ses bonnes dispositions eussent aucun résultat pratique. Quant à Bernard, il repoussait obstinément toutes les supplications de François-Albert : comment croire à un cavalier qui ne croit pas en Dieu? Je n'ai pas confiance et je ne bougerai pas. Thurn lui écrivit une lettre désespérée : il s'agit du bonheur de milliers d'hommes, du sort de toute l'émigration, de la patrie entière. — Dieu a d'autres mo3Tns qu'un duc de Friedland pour assurer le bien public ! — Juste punition de tant d'incohérences. Il est permis seulement de se demander si Oxenstiern et Bernard n'auraient pas été mieux inspirés en oubliant leurs griefs, quelque légitimes qu'ils fussent, et de regretter qu'ils n'aient pas eu dans cette occurrence la large intelligence et la souveraine décision de Richelieu,

Le 18 février 1634, une nouvelle patente impériale déclarait Waldstein coupable de haute trahison et ordonnait aux soldats de n'obéir qu'aux ordres de Gallas, Piccolomini et autres généraux fidèles. Piccolomini dut la communiquer aux colonels réunis à Plzein; diverses mesures furent prises immédiatement pour en assurer l'exécution. Waldstein de son côté ordonnait à ses régiments de marcher sur Prague et à Schaffgotsch, son lieutenant dévoué, de prendre le commandement des troupes de Silésie. François-Albert de Saxe-Lauenbourg écrivait à Arnim d'envoyer immédiatement quelques milliers de cavaliers sur la frontière de Bohême : le généralissime avait résolu de se mettre en route pour Prague le 22. Mais le 21, Trtchka était averti que Prague était à l'abri d'une surprise et que les régiments se prononçaient pour l'Empereur. On n'était même plus en sûreté à Plzein et il ne

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restait à Waldstein qu'à essayer d'échapper à la vengeance du roi.

Il partit pour Eger avec une dizaine de compagnies, malade, pâle comme un mort, incapable comme dans toutes les crises graves de ramener la fortune par un effort énergique de volonté. Trtchka n'était guère moins abattu; Illov seul conservait sa jactance. En chemin, on rencontra le colonel Butler avec ses dragons; irlandais, très catholique, depuis longtemps en défiance, il se joignit cependant aux fugitifs. Peut-être eut-il peur d'être abandonné par ses soldats, peut-être aussi entrevit-il le moyen de se signaler à la faveur impériale par quelque coup de main audacieux. Le 24 février, on arriva à Eger vers quatre heures de l'après-midi. Waldstein se croyait sûr du commandant de la place, Gordon, protestant, qu'il venait de nommer colonel; le soir même, celui-ci s'entendait avec Butler et son lieutenant Leslie pour assassiner le duc. Ils introduisirent dans la ville quelques soldats prêts à tout et ils organisèrent pour le soir (25 février) un banquet où ils convièrent les officiers du généralissime. On écarta sous divers prétextes leurs serviteurs et, à la fin du repas, les dragons, à qui on avait promis une bonne récompense, se jetèrent sur Kinsky et sur Illov qu'ils massacrèrent; Trtchka se défendit vaillamment, mais succomba à son tour. Un des conjurés, le capitaine Devereux, après s'être débarrassé de lui, se dirigea aussitôt sur la maison de Waldstein. Celui-ci sortait du bain et se préparait à se coucher ; son attention est attirée par le bruit de la rue et il s'approche de la fenêtre : la porte vole en éclats, il se retourne. « Fripon et traître », lui crie Devereux, et il le frappe de sa pertuisane.

Bernard, à la nouvelle de la catastrophe d'Eger, se mit aussitôt en mouvement, dans l'espoir que la confusion générale lui permettrait d'obtenir quelques avantages. Il était trop tard ; il trouva la garniJion prête à se défendre et l'arrivée de Gallas le força à se replier. A Opava (Troppau), un régiment avait été soulevé par un lieute-

NOUVELLES CONFISCATIONS lyS

nant de Schaftgotsch : isolé, il fit sa soumission. Les officiers les plus compromis furent traduits devant un conseil de guerre, qui prononça plusieurs condamnations capitales ; une seule fut exécutée, celle de Schaffgotsch, qui passait pour l'àme damnée de Waldstein. Les nobles tchèques furent plus sévèrement frappés et l'occasion parut bonne pour briser les dernières résistances de l'aristocratie : les biens desTrtchka et des Kinsky furent confisqués ; on estime à neuf millions de florins la valeur des biens de Waldstein seul, sans compter encore ses créances sur le Trésor, le mobilier et le matériel d'exploitation; il convient d'autre part d'en déduire environ trois millions de dettes; la fortune des Trtchka s'élevait à près de quatre millions de florins. Comme en 1621, presque toutes ces richesses furent distribuées entre les fonctionnaires et les généraux. Après tout, au point de vue du souverain, ce n'était pas un si mauvais calcul, tous ces Irlandais et ces Italiens, les Piccolomini, les Colloredo, les Gordon, les Gallas, les Aldringen, étaient les sujets les plus souples qu'il fût possible de désirer et leur intérêt répondait de leur obéissance.

Comme après chaque tentative malheureuse de révolte, le gouvernement menacé sortait plus fort d'une crise qui serait facilement devenue grave si les émigrés tchèques avaient trouvé dans les Saxons des alliés plus sincères, dans les Suédois des amis plus clairvoyants, et dans Waldstein luimême un chef plus hardi et moins fantasque. Le duc mort, toute possibilité de revanche disparut dans une brume lointaine. En somme il avait rendu à Ferdinand un service éminent : il avait créé une armée impériale, que les derniers événements n'avaient que très superficiellement ébranlée, et qui, en face du parti protestant demeuré sans chef et sans programme depuis la mort de Gustave- Adolphe, pouvait permettre aux catholiques de reprendre leurs plus vastes desseins. La coalition anti-habsbourgeoise était en pleine dissolution. Ici aussi, les ambitions du duc de Friedland tournaient à l'avantage de l'Empe-

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reur : grâce à lui les différences radicales qui séparaient les Suédois des Saxons, s'étaient accentuées et l'Électeur était prêt à bien des concessions pour s'affranchir de la tutelle d'Oxenstiem.

Les pourparlers entre Dresde et Vienne s'ouvrirent presque au lendemain de la tragédie d'Eger, et des négociations régulières commencèrent à Litomierjitse, au mois de juin. Jean-Georges réclamait la liberté religieuse pour la Bohême, mais il n'étendait pas sa protection jusqu'aux Calvinistes et aux Frères : « Il est clair comme le soleil en plein midi, disait son prédicateur Hoë de Hoënneg qui avait les rancunes tenaces, que la doctrine calviniste est pleine d'erreurs et que quiconque a une conscience chrétienne, ne saurait s'employer pour elle. « Les Luthériens même savaient quel fonds ils devaient faire sur l'énergie de l'Électeur. Aussi les émigrés et Oxenstiern ne songèrentils qu'à interrompre des négociations dont ils n'attendaient rien que de fâcheux. Baner reçut l'ordre d'envahir la Bohême; les Saxons, à la fois pour peser sur l'Empereur et pour ne pas laisser le butin à leurs alliés seuls, appu3'èrent sa marche, et les deux armées, qui ne rencontrèrent aucune résistance, se donnèrent la main en vue de Prague (juillet 1634); derrière elles s'avançaient quelques centaines d'émigrés, lamentables débris de ce qui avait été le grand parti national. Ils organisèrent à Litomierjitse une ombre de gouvernement dont tout le rôle consista à fournir des vivres aux Suédois. Comme en i63i, les gouverneurs avaient pris la fuite, mais l'attaque fut si faiblement conduite que Colloredo la repoussa ; les Saxons se replièrent sans insister. Dans leur retraite, ils apprirent le désastre de Nordlingen (5 et 6 sept. 1634). L'armée suédoise avait été anéantie, Horn était prisonnier, Bernard de Saxe-Weimar grièvement blessé. Jamais, même au lendemain de la Montagne-Blanche ou de la défaite du Danemark, la puissance de Ferdinand n'avait été aussi redoutable : l'Allemagne était à ses pieds.

Il vieillissait, et vingt ans de luttes avaient ébranlé bien

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