LA PAIX DE PRAGUE I7D
des courages autour de lui : révénement lui avait montré que les victoires ont souvent de cruels lendemains et qu'il est plus facile de les remporter que d'en recueillir les fruits. Les généraux dont il disposait étaient d'une médiocrité effrayante, les ressources du pays s'épuisaient; obtiendrait-on des peuples les sacrifices nécessaires pour imposer aux protestants une capitulation à merci? L'esprit de fanatisme et de croisade, que les Jésuites avaient réveillé, s'était usé par ses efforts mêmes : « il y a plus de catholiques que de protestants parmi les adversaires de l'Empereur », écrivait tristement Slavata. La France entrait décidément en ligne. Quelques intransigeants s'acharnaient seuls après le rêve d'une restauration universelle de l'Église romaine ; même parmi les plus picux^, les difficultés de la tâche provoquaient un découragement invincible. Slavata n'est pas suspect d'indifférence : ses lettres sont pleines d'élans mystiques : « je t'envoie, écrit-il au jeune Martinits, une petite miette de pain qu'a apportée un franciscain italien et qui a touché les reliques de Saint- Nicolas de Tolentino; c'est une puissante protection contre la peste et quand on la porte sur soi, on n'a rien à redouter de la contagion; le religieux en a aussi donné à l'Empereur, qui en enverra certainement à son fils ' ». Au milieu d'une crise où se débattait l'avenir de l'Europe, ce qui le préoccupait le plus, c'était le retour de cette Vierge miraculeuse de Boleslav, que tenait méchamment en captivité ce protestant d'Hofkirch^ Malgré tout, il reculait devant la pensée de nouvelles luttes. Sans doute, sur certains points, il était bien décidé à ne pas céder : « Sa Majesté n'acceptera aucun traité qui soit nuisible à la Sainte Religion et d'accord avec ses conseillers et ses théologiens, elle tiendra la main à ce que tout ce qui a été fait dans son royaume et ses domaines héréditaires pour le bien et le développement de la foi catholique, soit maintenu et conservé définitive-