LA PAIX DE PRAGUE I
bien sûr qu'il n'en soit plus de même aujourd'hui ?
Forcé de choisir entre la perte de l'Alsace et l'abandon de ses projets de croisade, Ferdinand s'en remit à la décision de vingt religieux sous la présidence du cardinal Dietrichstein : quatre jésuites, obéissant aux instructions d'Urbain VIII, proposèrent de demander l'opinion du pape; les autres furent favorables à l'entente avec la Saxe. L'Empereur hésitait et Lamormain pesait sur lui de toute son autorité pour l'éloigner de la plus légère concession aux protestants; s'il l'emportait, les émigrés de Bohême avaient encore quelques chances de relèvement, puisque les princes les plus modérés, menacés dans leurs intérêts immédiats, étaient condamnés à poursuivre la guerre. Ferdinand rassembla ses familiers, parmi eux le cardinal Dietrichstein, Lamormain et le cardinal Pazmany, qui poursuivait avec autant d'énergie que les circonstances le permettaient, le triomphe de l'Église en Hongrie : — il s'agit de mon salut, leur dit l'Empereur; je ne veux rien prendre sur moi ; je décharge mon âme sur la vôtre, donnez-moi un conseil que vous puissiez défendre devant le tribunal de Dieu. — La majorité se prononça pour une réconciliation avec la Saxe.
Le traité de Prague (3o mai i635), auquel se rallièrent presque tous les princes allemands, enregistrait, comme plus tard les traités de Westphalie, les résultats acquis par les opérations militaires. L'Empereur abolissait l'édit de restitution, et les protestants, de leur côté, renonçaient à réclamer la liberté religieuse pour la Bohême ; en Silésie, la confession luthérienne serait tolérée dans la ville de Breslau et dans les trois principautés qui ne relevaient pas immédiatement de la couronne; dans les autres, c'est-à-dire dans la plus grande partie du pa3's, les habitants obtenaient un délai de trois ans pour se convertir. Le soin de la tranquillité publique, avait dit Ferdinand, ne lui permettait pas de rien effacer des lois qui avaient réglé la situation en Bohême : cette évocation du spectre révolutionnaire avait emporté les derniers scrupules de Jean-Georges;