‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 97 sur 325 · LA FIN DE LA GUERRE DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

LA FIN DE LA GUERRE DE TRENTE ANS

Ferdinand IIL — Épuisement général : atténuation du régime despotique, nouvelle méthode de propagande catholique : le cardinal Harrach. — Les dernières années de la guerre. Baner; un nouvel effort d'affranchissement. Torstenson. — Kœnigsmark et le siège de Prague. — La paix de Westphalie : abandon définitif des protestants de Bohème. — Les émigrés. Comenius : ses doctrines philosophiques, sa méthode pédagogique. Le legs de l'Unité au monde. — Les conséquences de la guerre : ruine matérielle et morale du royaume '.

Au moment où Ferdinand III monta sur le trône de Bohême, en lôSy, les passions ennemies et les haines réciproques se taisaient, vaincues par une lassitude accablante; un seul sentiment subsistait, irrésistible, un immense besoin de repos. Le nouveau roi représentait assez bien cette génération épuisée, il était né fatigué et sa bonne volonté vulgaire ne s'accommodait pas d'efforts prolongés. Quand on le maria à la sœur de Philippe IV, l'infante Marie, effrayée, elle prit le chemin de l'école, s'arrêta à Gênes, à Naples, à Ancône, traîna quatorze mois sur les grandes routes, tant était déplaisant le portrait physique et moral qu'on lui avait tracé de son futur

I. Fiedler, Relations des ambassadeurs vénitiens (Fontes rerum Austriac, Dipl. et Acta, XXVI). — M. Koch, Gesch. d. Deutschen Reichs iinter d. Regier. Ferdinand IIL — Grûnhagen, Gesch. Sclilesien's. — Dudik, Scliweden in Bœltmen und Maehren. — Tischer, Oberst Freiherr Sigmund Myslik von Hirschov. — Hofmann, Peter Melander von Hol:{appel. — Mais l'œuvre capitale est le livre de Rézek, Histoire de la Bohême et de la Moravie sous Ferdinand III jusqu'à la fin de la guerre de Trente-Ans (Prague, 189 1).

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époux : à plusieurs reprises, elle fut sur le point de reculer devant l'épreuve et de rebrousser chemin. Grand, les cheveux noirs, Ferdinand III n'était pas plus laid qu'un autre ni plus sot; il était terne. Sa femme lui sut gré de ne pas avoir justifié ses craintes excessives et elle finit par l'aimer; les peuples ne sont pas plus exigeants.

Le jeune prince, — il avait vingt-neuf ans, — ne manquait pas de qualités fort estimables. Il avait eu un moment des ambitions militaires et les ennemis de Waldstein l'avaient posé en rival du duc; il avait brillamment réussi, puisqu'il était un des vainqueurs de Nordlingen. Ce qui parle en sa faveur, c'est qu'il ne s'en fit pas accroire et, par modestie naturelle ou par ennui de toute agitation bruyante, il renonça à la gloire qui lui avait un moment souri. Cet empereur était digne d'être un philosophe, à quoi l'aidait sa santé qui avait longtemps donné de graves inquiétudes et qui fut toujours chancelante.

Personne n'eut moins le goût du panache que ce bourgeois, honnête et modéré, de mœurs simples, bon mari, dont les convictions n'allèrent jamais jusqu'au fanatisme et les préférences jusqu'à la passion. Une anecdote, qui traîne partout, — ce qui. prouve qu'elle parut vraisemblable, — nous raconte qu'un jour son père, frappé de sa mine soucieuse, l'interrogea sur la cause de son chagrin : — Je pense, lui aurait répondu le jeune homme, aux moyens de payer toutes les dettes que tu fais, — Il est vrai qu'il avait le sens de l'ordre et il chercha à boucher quelques-unes des fissures par lesquelles s'écoulaient les ressources de la monarchie. Il inaugura un régime de conservation et de prudence, qui deviendra vite une sorte de sommeil léthargique : mais il serait vraiment excessif de rendre Ferdinand III responsable des omissions de Léopold P"" ou de Charles VI.

Les Jésuites, qui avaient eu une si large part aux bienfaits du roi défunt et qui ont toujours eu dans l'imagination un tour héroïque, — ils ont souvent compromis par là le catholicisme, mais que serait-il devenu sans eux? —

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n'avaient pour le nouveau 'maître qu'une tendresse un peu froide : ils lui reprochaient de ne pas se confesser d'assez près, de ne pas entrer dans les détails. J'augure que ces oublis étaient plutôt du fait de paresse que d'indépendance. Ferdinand continue à avoir un jésuite pour directeur et dans la lutte qui remplit son règne entre la Compagnie et le cardinal Harrach, il les soutient, avec constance, — sans pousser les choses à l'extrême : ce n'était pas son genre. — Très pieux, dévot même, grand sectateur de la Vierge, il est affilié à de nombreuses congrégations de Marie et il s'emploie activement pour obtenir des papes la reconnaissance officielle du dogme de l'Immaculée Conception. Comme Urbain VIII et Innocent X hésitent, par crainte de déplaire aux autres ordres religieux, que vexe l'initiative des Jésuites, il introduit dans ses états de sa seule autorité la fête chère aux disciples de Loyola, rédige lui-même le serment que prêteront à l'avenir les professeurs, les doyens, les docteurs promus et qu'ils renouvelleront chaque année : je m'engage à défendre la doctrine de l'Immaculée Conception tant que le pape n'aura pas ordonné le contraire. — Les Jésuites ont ainsi en lui un très bon élève, d'excellente volonté, très docile, un peu mou; c'est le danger de leur méthode, trop parfaite : ils domptent si bien la volonté qu'il ne leur reste plus dans les mains qu'un mannequin qui ne fait figure que de loin.

Ferdinand déteste l'hérésie, et sa politique au point de vue des principes ne se distingue en rien de celle de son père; elle en diffère au contraire beaucoup par la forme, plus lente, moins abrupte, non pas moins intransigeante au fond, mais plus prudente dans ses procédés. La situation générale se prête à cette atténuation : les relations de Vienne avec la Cour sont moins intimes depuis qu'avec Urbain VIII sont revenus les papes diplomates qui songent avant tout à leur situation en Italie : la Contre-Réformation, arrêtée en Allemagne, cesse d'être une question européenne et n'est plus qu'une des formes de l'administration intérieure. Elle n'est plus dirigée par des légats.

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