‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 98 sur 325 · LE NOUVEAU RÉGIME · texte numérisé non relu

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tels que Carafa, mais par les chefs religieux et politiques du pays : ils voient les choses de près, connaissent les difficultés pratiques et reculent devant des mesures absolues, dont ils subiraient directement les contre-coups. Ils comptent sur le temps et l'exemple pour triom- . pher des dernières résistances : ils semblent se soucier moins pour le moment d'étendre leur domination que de l'affermir, c'est-à-dire qu'ils attendent, pour reprendre sérieusement la conversion des paysans qui demeurent hostiles dans une bonne partie du pays, d'avoir vraiment transformé en fidèles serviteurs de Rome ces nobles dont la plupart ne sont venus d'abord au catholicisme que par cupidité ou ambition, et ces bourgeois qu'on a poussés à la messe à coup d'amendes et de confiscations. Il s'agit d'une œuvre de pression continue, d'une conquête de longue haleine, qui n'exclut sans doute pas les moyens violents et qui surtout n'implique aucun retour aux idées de tolérance, mais qui évite le plus possible les exécutions dramatiques et les exterminations en masse. L'Église étouffe avec la môme implacable vigilance toute étincelle de vie indépendante et de réflexion personnelle, et son idéal n'a pas changé, c'est toujours le silence, la soumission et la mort; seulement, comme il ne s'agit désormais pour elle que d'affermir son autorité, son despotisme prend des allures plus régulières et plus hypocrites, et elle se pique de convaincre ceux qu'elle a domptés.

Elle y réussit assez souvent. Dans les centres où s'exerce l'influence des pouvoirs publics, les résistances faiblissent visiblement : au milieu des tourmentes de la guerre, les générations se succèdent et les traditions s'effacent avec une rapidité extrême, les angoisses de la vie matérielle absorbent les forces actives ; les âmes flottantes et comme vidées de leur foi nationale offrent aux prédicateurs une proie facile et, pendant les dernières années de la guerre de Trente-Ans, ils créent un parti catholique qui comprend presque toute la

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noblesse et l'immense majorité de la population des villes; dans les campagnes, au contraire, sauf dans le sud-ouest, les paysans, moins bien travaillés, conservent une sourde rancune contre le nouveau régime. C'est un trait caractéristique de cette période, — et il persiste en s'aifaiblissant pendant tout le xvn^ siècle, — que ce schisme entre les classes supérieures dévouées à la foi romaine et les serfs des villages qui, tout en acceptant les superstitions du culte romain, gardent le regret d'un passé où leur situation était moins déplorable et leurs chaînes moins lourdes. Ces dernières barrières ne tombent que très lentement et elles irritent l'impatience des Jésuites, sans les inquiéter sérieusement. Le succès est si certain que le vainqueur, sans se départir des méthodes éprouvées, les applique avec une modération relative.

De même au point de vue politique, comme les nobles seuls ont à ce moment des droits sociaux, le roi^ dès qu'il est sûr de la sincérité de leur conversion, n'apporte plus la même rigueur dans l'exercice de son autorité. Au moment de l'insurrection, il était encore fort jeune et comme il n'était pas avancé pour son âge, elle ne lui avait pas laissé les rancunes tenaces que la Fronde inspira à Louis XIV. En principe, il ne sacrifie rien des doctrines absolutistes : quand la diète de Moravie s'enhardit jusqu'à lui présenter une série de points constitutionnels douteux, il l'invite à lui « épargner à l'avenir ces plaintes inconvenantes », s'étonne que les seigneurs n'aient pas mieux conservé le souvenir de leurs fautes et qu'ils ne soient pas plus reconnaissants de l'indulgence qui avait poussé le monarque outragé à rétablir leurs privilèges ; il n'entend pas se laisser lier les mains, et les prérogatives qu'ils invoquent ne doivent s'entendre que sous la réserve de sa décision, de son jugement et de son bon plaisir '.

La diète avait été imprudente en soulevant ces questions fondamentales, et, pas plus que son père, Ferdinand III

I , Kalousek, Le droit d'état bohème, pp. 458-459.

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n'était disposé à reconnaître aux États le pouvoir constituant. En pratique, ses prétentions s'humanisent. Dans la première furie du triomphe, les ministres de la couronne avaient poussé leurs usurpations jusqu'à l'absurde. Puisque le roi était incapable d'exercer lui-même l'administration et qu'il s'en déchargeait sur les États, force était bien de leur rendre une certaine liberté d'allures : n'avaiton pas des garanties suffisantes dans la composition de cette nouvelle aristocratie qui tenait sa fortune des Habsbourgs? — Parmi les magnats, il ne restait que vingt-sept anciennes familles, presque toutes dévouées au catholicisme; la proportion des hommes nouveaux était plus forte encore parmi les chevaliers. — Les diètes ne songeaient certes plus à jouer à la Convention, elles n'étaient qu'un grand Conseil administratif ' : on leur accorde une action un peu plus large, on les consulte sur les lois en préparation ; surtout, une des clauses les plus draconiennes de la Constitution de 1627 tombe en désuétude et on les laisse discuter, avec l'autorisation des commissaires du gouvernement et sous réserve de la personne royale et de sa prérogative, les questions relatives au bien du pa3^s et au maintien d'une bonne police. Le souverain qui, en 1627, était encore tout furieux et ahuri « de la honteuse rébellion », est désormais apaisé ; les rapports sont moins tendus, les messages du roi n'ont plus la brutalité agressive des premières années, il ne menace pas toujours, il sollicite « ses fidèles, soumis et bien-aimés Bohèmes, qui ne l'ont jamais encore abandonné et en qui il a cette agréable confiance qu'ils lui donneront satisfaction ». Et sans doute il y aurait un peu de ridicule à exagérer l'importance de formules par lesquelles la cour essayait d'obtenir quelque supplément d'impôt, mais il y a tout de même la manière.

Martinits, qui lut dans la diète la lettre du roi, enleva le vote. Les impôts étaient lourds et tout le monde aspi-

I. En fait; en théorie, elles continuent à représenter le royaume, conservent le droit éventuel d'élection, etc.

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