‹ La boisière drame en cinq actesChapitre 64 sur 65 · RENÉ, LOUISE · texte numérisé non relu

RENÉ, LOUISE

RENE

Madame, daignerez-vous me dire si je rêve.

LOUISE

Non, monsieur René, vous ôtes bien éveillé, et moi aussi.

RENÉ-

De grâce, madame, ne vous jouez pasainsi de moi; car, jevous le jure, j*ai trop souffert déjà .

LOUISE, arec intention.

Avez-vous été seul à souffrir?

rk.ne, vivement.

Comment?

Louise, souriant. .

Jo no vous parle pas do moi.Kcoulez, j'aborde franchement la question... Ma police m’a appris une foule do choses vilaines comme tou', et d'abord votre femme n’est pas auprès do sa mère comme vous nous l’aviez fait accroire.

RENÉ

Qui vous a dit...

LOUISE

Le nom n’y fait rien; c’est historique, voilhlo principal, et, ma foi, je vous avouo que je ne veux pas collaborer davantage à ce petit drame intime... S'il finit mal co sera donc votre faute, et je vous laisserai nommer tout seul, je vous on préviens.

RENE

Mais, madame...

LOUISB.

Attendez, jo n’ai pas l'habitude do faire de la morale, et si vous m'interrompez, jo no pourrai plus m’y reconnaître. Monsieur René, hier encore c’était entre nous une lutte d’orgueil; aujourd’hui je n’ai plus lo courage delà continuer, car je m’aperçois que, comme loujqjurs, co sont los innocents qui payent les frais do la guerre.

RENÉ

Comment?

LOUISE

C’est bien simplo : nous deux nous sommes b l’abri de tout, nous no risquons rien et savez -vous pourquoi?

RENÉ

Eh bien ?

LOUISE-

Eh bien ! c’est que nous u’avons de cœur ni l’un ni l’autre.

Louiso E

LOUISE

Ah bah I nous sommes seul?, (fi 'lie s'assied à droite, et ri/.) Du reste, vous en avez eu uu.j'eri suis sûre, et moi aussi autrefois... C’était en... la date m’échappe, ça remonte au moyen Age; enfin, j’en ai eu un; mais je mo suis apurçuo un beau jour quû c’était un bijou presque inutile dans notre monde, et, ma foi, je l'ai nus en gago, on m'a prêté de l’esprit dessus, qu’estce qu'on vous a prêté sur le vôtre? do l’orgueil, n’est-eepasî beaucoup d’orgueil; mais votre femme, votre petite Jeanne, elle a garde îo sien; elle y tenait. Que voulez-vous î au village... Si bien que Jeanne a beaucoup souffert et beaucoup pleuré, et qu’il est bien temps que ses larmes s’arrêtent. Est-ce que vous n’êtes pas de mon avis?

RENÉ

Madame, ce langage...

LOUISB.

C’est le langage du cœur, une réminiscence pour celte fois seulement. René, croyez-moi, quittons la partio commencée; nous n’y gagnerions ni l’un ni l'autre, nous trichons tous les deux. Au bout du compte Jeanno mérite bien qu’on l’aime un peu; allez consulter des experts ; je conviens qu’elle n’a aucun des défauts que les hommes aiment géncralemeut à trouver chez uno femme, mais enfin, resignez- vous ; elle est fidèle... Eh bien, quoi! passez lui ça; elle n’est ni coquette, ni capricieuse, ni volontaire ; mais elle est jeune, elle so corrigera peut-être ; et enfin elle est aimante, dévouée, elle serait capable de mourir pour vous, je le reconnais ; mais que voulez-vous, mon cher, uno femme n’est pas pai faite.

RENE

Trêve de raillerie, madame.

LOUISE

Plaignez-vous donc quand ma raison veut bien mettre un masque souriant pour lie pas trop vous effrayer. Allons, monsieur Noirci, un bon mouvement , un peu de coeur ; je ne lo dirai pas ; retournez auprès de Jeannr, auprès de votre petite femme, qui vous attend peut-être à cette heure accoudée tristement à sa fenêtre ouverte. Allez, elle passé sera bion vite oublié par elle; car ces angcs-là ont toujours un pardon aux lèvres à donner en échangé d'un baiser Ça vous éionne, n'est-ce pas, de m'entendre parler ainsi, moi, lacomtesse Louise do Marennes, la femme légère et frivole. Eh! mon Dieul cetto femme, la connaissez vous bien, René? qui vous dit quo chacun do ses sourires ne voilo pas une larme, que chacune de ses folies n’est pas là pour cacher une souffrance nouvelle ? J'ai manqué ma vie , ne manquez pas la vôtre. Croyez-moi, Reré, le bonheur n’est pas dans les enivrements du luxe, dans le triomphe de l’orgueil ; il est dans la paix de l'Ame qui suit lo dovoir accompli; il préside aux fêtes do la famille ; il brille dans les yeux de la femme aimée, de l’épouso chasto et pure, et plane sur le berceau do l’enfant endormi. Enfin, comme le grillon domestique, il ne cbanto bien quo dans les cendres du foyer.

RENE

f touise!

LOUISE

Eh bienl co bonheur-là, il est è voust il vous tend les bras, ne lo repoussez pas, Keno, ne vous préparez pas des remords

él< mois; car, songoz-jr, contre le désespoir la religion elle-même est quelquefois impulsante; et si Jeanno, en présence de «on bonheur brisé, en venait h ne plus écouter que sa douleur...

rené.

Quo voulez-vous dire?

LOOISB.

Si Jeanne voulait mourir...

RENÉ

Mourir 1 elle ! Oh I laisez-vous! celte pensée est horrible!

LOUISE

Oui, n’cal-co pas? F.t vous me comprenez maintenant. Au revoir, René: songez à ce que jo vous ai dit, et pardonnez-moi ! Aujourd'hui, je suis superstitieuse ; je crois aux avertissements Votre main, llené. •

RENÉ

Madame!

LOUISE

Il a pâli, il est ému... oh 1 maintenant j'espère.

Page 1