‹ La boîte aux gossesChapitre 3 sur 15 · LA BONTE DU MONDK · texte numérisé non relu

LA BONTE DU MONDK

l'^t, mignonne infirme, la ]ilus fuiljlc entre les faibles, elle songea dans sa solitude au bonheur d'aiïronter le métro, justement parce qu'il était si dangereux, justement parce que tout le monde ne pouvait le supporter, justement parce qu'il était réservé aux intrépides vigoureux, aux gens liéroïques.

Au printemps, Ninie tomba malade graveuwnl : il s'agissait, non d'une affection bien déterminée, mais d'un état de langueur général.

Le médecin déclara que c'était l'âge critique; si la nature « ne se décidait pas », la fillette sans formation s'en irait par étiolement.

Aucun soin médical ne s'imposait; ce qu'il fallait, c'était de la distraction, du changement, du déplacement. Il fallait à cette fillette la campagne, des jeux, des promenades, tout un régime de vie extérieure ; il fallait, en un mot, aider, provoquer une révolution dans son être intime.

Les parents se lamentèrent : il ne doute de rien, le médecin ! une cure de plein air, des

vuyagi's, dos amusements! avec quoi? nous n'avons pas d'argent.

Un soir, comme Ninie, pendant le dîner, avec un restant de goût à la vie, avait encore questionné son frère sur les mystères du métropolitain, les parents, au moment de se coucher, eurent une inspiration :

— Ce que nous pouvons faire de mieux comme dépense, comme sacrifice de temps, comme excursion lointaine, c'est de donner à Ninie la grande joie d'un voyage dans le métro.

Seulement, après avoir dit tant de mal du métro, l'on devait user d'une certaine diplomatie ; — sans quoi Ninie devinerait qu'on l'avait abusée et l'offre actuelle aurait Lien moins de valeur.

La consomption lui retirait tout appétit, on ne la contraignait d'avaler quelques bribes qu'à force de promesses et de supplications. Les parents feignirent donc de parler à l'étourdie, de s'engager inconsidérément :

- - Tirns, Niriio, dit la mère, si tu manges

Page 1